MVRE IV, CHAPITRE HT, ^ I
cateur qui aime à se perfectionner dans son ministère , l'ayant devant les yeux, reconnaisse la manière dont il peut amplifier les actions et les paroles remarquables des saints, en observant comment ce sage a relevé par un discours si étendu et orné de tant d'expressions et de sentences cette courte parole : a Je porte tous mes biens avec moi; » car, s'il a su élever et étendre par des paroles et des pensées si riches et si magnifiques ces sortes d'actions des hommes, qu'aurait-ce été s'il avait eu à décrire les combats et les travaux admirables des saints martyrs et des vierges , qui ont servi de spectacle au monde, aux anges et aux hommes?
Si quelqu'un veut encore voir d'autres exemples de cette manière d'amplifier, qu'il lise le deuxième et le troisième livre de saint Chrysostome sur la Providence, où ce saint docteur relève la patience et les divers travaux des saints patriarches Noé, Abraham, Moïse et David. Il y trouvera d'excellents modèles pour s'instruire et se former dans cette partie de l'éloquence des orateurs chrétiens.
Comment on peut relever et amplifier les vertus et les mérites des martyrs et des autres saints.
Si l'on veut réussir dans cette partie de la prédication, il faut avant tout étudier les règles que nous avons données sur l'amplification; ensuite lire soigneusement et avec attention les écrits des Pères les plus éloquents, qui ont particulièrement excellé en ce genre, et remarquer exactement par quelles raisons et quelle manière ils ont agrandi et relevé les vertus et les mérites des saints dont ils ont publié les louanges ; enfin se servir de tout cela comme de modèle, pour composer de nouveaux panégyriques. Car On comprend beaucoup mieux et plus aisément par des exemples que par les préceptes de l'art, ce qui convient le mieux en ce genre.
Mais tout cela est peu de chose sans l'assistance de cet Esprit céleste dont l'Apôtre a parlé en ces termes : <( Nous n'avons point^ reçu l'esprit du monde, mais l'esprit de Dieu, afin que nous con-
naissions les dons que Dieu nous a faits ' ; » c'est-à-dire, afin qu'étant éclairés de sa divine lumière, nous sachions estimer la grandeur et V^^ la dignité de ses dons et de ses bienfaits. | Car, si nul ne peut sans art faire le discernement de l'or pur d'avec le faux, ni connaître l'excellence et le prix des perles et des pierres précieuses, surtout lorsqu'elles sont couvertes de boue et de poussière, qui pourrait, sans cette divine lumière, estimer ou admirer selon leur propre excellence les dons de Dieu, qui surpassent toute pensée? Il est dit dans l'Ecriture que « la reine de Saba, voyant la magnificence de Salomon, le nombre et les logements de ses officiers, le bel ordre de sa maison et la sagesse de ses discours, en fut tout hors d'ellemême-; » mais si quelqu'un de nous avait les yeux de l'esprit éclairés de cette lumière céleste, eu sorte qu'il pût découvrir les inestimables richesses du vrai Salomon, c'est-à-dire les richesses incompréhensibles de Jésus-Christ^, » les vertus et les œuvres éclatantes de ses serviteurs, il serait sans doute frappé d'un étonnement plus grand et plus profond que ne fut celui de cette reine de Saba.
Mais il n'appartient pas à tous d'avoir ces yeux de l'esprit avec lesquels on peut voir l'éclatante beauté de Jésus-Christ et de son Eglise, « puisque toute sa gloire, sa beauté et son éclat lui vient du dedans, au milieu des franges d'or^. » Aussi l'Église, cette sainte Épouse de Jésus-Christ, parlant d'elle-même dans les Cantiques : « Je suis noire, dit-elle, mais je suis belle, ô filles de Jérusalem, » noire au dehors, mais toute brillante de l'éclat d'une merveilleuse beauté au dedans; et comment? « Comme les tentes de Cédar, dit-elle, et comme les peaux de Salomon ^ ; » car ces tentes et ces peaux de Salomon étaient en effet couvertes de poussière et toutes brûlées au dehors par l'ardeur du soleil,
1 Nos non spiritum hujus muudi accepimus, sed spiritum qui ex Deo est; ut sciamus quœ à Deo douala suut uobid. I Co?'., Ji, 12.
2 Videns autem regina Saba ononem sapientiam Salomonis non habebat
ultra spiritum. 111 Reg.,x 4 et 5.
3 Investigabiles divilias Christi. Ephes., ni, 8.
"< Omnis gloria ejus filiie régis ab intùs, in fimbriis aureis. Ps. XLIV, 15. "^ Nigra sum, sed formosa, filicc Jérusalem, sicut tabernacula Cedar, sicut
pelles Salomonis. Cant., i, 4.