‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 168 sur 347 · LIVRE IV, CHAPITRE III, § I · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE III, § I

mais ornées au dedans de tout l'éclat de sa magnificence royale.

C'est une figure de l'éclat et de la beauté de l'Église, qui paraît extérieurement vile et rabaissée aux yeux des hommes charnels dans les saints martyrs et dans les hommes consacrés à Dieu, et particulièrement dans ceux qui mènent une vie pauvre et austère dans la solitude des déserts, mais que l'éclat et l'excellence des divines vertus rendent intérieurement si belle aux yeux des saintes âmes et des personnes vraiment spirituelles, qu'elle les remplit d'admiration et les jette dans le plus grand étonnement. Et qui n'en serait pas pénétré en entendant ces paroles de l'Apôtre : « Quand même il devrait se faire une aspersion et une effusion de mon sang sur la victime et le sacrifice de votre foi, je m'en réjouirais en moi-même, et je m'en réjouirais avec vous tous, et vous devriez aussi vous en réjouir avec moi * ? » A-t-on jamais ouï parler d'un tel sujet de ressentir et de témoigner de la joie? Qui ne serait encore plus surpris de voir saint Laurent étendu sur un gril de fer et couché sur des charbons ardents, se faire un sujet de joie d'un tourment si horrible; l'incomparable Vincent, suspendu sur le chevalet, pendant qu'on lui disloquait tous les os, dire au préfet qui le faisait souffrir qu'il lui rendait de très-vives actions de grâces, que l'état où il se trouvait avait toujours été l'objet de ses vœux et de ses désirs, qu'il le priait de continuer un supplice qui lui était si avantageux, et d'animer les bourreaux qui agissaient avec trop de lenteur; et enfin notre bienheureux Père saint Dominique brûler continuellement d'une très-ardente soif de boire le calice du Sauveur, regarder le martyre comme une grâce et un don inestimable de la miséricorde de Dieu, et ne désirer rien tant que de voir déchirer son corps dans les plus cruels tourments, pour l'amour et la gloire de ce divin Maître?

Et pour passer des martyrs aux confesseurs, qui ne serait surpris de voir saint Alexis, dans le palais même de son père, déguisé en pauvre inconnu, vivre très-pauvrement, souffrir les mépris et les mauvais traitements du grand nombre de serviteurs dont cette

1 Sed et si immolor supra sacrificium et obsequium fidei vestrae, gaiideo et congratulor omnibus vobis, idipsum aulem et vos gaudete, et congralulamini mibi. Ep. ad PhiL, ii, 17.

276 RHÉTORIOI'E ECCLÉSIASTIQUE.

maison était pleine, et passer ainsi les dix-huit dernières années de sa vie avec une patience toujours tranquille, en présence de son père et de sa mère? Et qui pourrait assez admirer la puissance merveilleuse de la grâce divine, qui a si particulièrement éclaté dans la vie et dans toute la conduite de saint Edouard, roi d'Angleterre, lorsqu'on sait que ce prince ayant épousé dans sa jeunesse une princesse accomplie et d'une rare beauté, sut vivre avec elle dans une étroite union de la vie des anges, gardant la chasteté parfaite jusqu'à la fin de sa vie?

Quant aux miracles des saints, le sentiment de plusieurs est qu'ils ne sont point des sujets de prédication, parce que le récit qu'on en fait sert plus à faire connaître leur sainteté qu'à régler les mœurs et la vie de ceux qui les entendent. Pour moi, je pense que c'est principalement par la prédication des miracles qu'on peut faire éclater avantageusement la bonté infinie de notre Dieu, la grandeur ineffable de son amour envers ceux qui sont véritablement à lui, la fidélité de ses promesses et les soins paternels de sa souveraine providence, qui s'étend d'une manière particulière sur ses serviteurs, en ce qu'il les honore, si j'ose le dire, avec excès, en les élevant au-dessus de tout, jusqu'à assujettir, non-seulement à l'autorité de leurs paroles, mais encore à leurs cendres, aux mouchoirs mêmes, aux linges qui ont touché leurs corps, et enfin à la poussière de leurs tombeaux, les malins esprits, les maladies et toutes les lois de la nature auxquelles les rois, les empereurs et tous les souverains sont assujettis.

Mais pourquoi m'étendre sur un sujet si connu et confirmé par tant d'exemples? Un aveugle demandant à Dieu, avec ardeur dans la prière, sa guérison, il lui fut divinement ordonné de laver ses yeux avec de l'eau dans laquelle le saint roi Edouard, dont il vient d'être parlé, s'était lavé les mains; ce qu'ayant fait, il recouvra aussitôt la vue. Quelle force, je vous prie, et quel excès d'amour le Seigneur ne fait-il pas éclater envers ceux qui sont à lui par ce jugement de sa providence, qui donne à cette eau une vertu si puissante seulement parce qu'elle a touché les mains de son serviteur? Combien voyons-nous de semblables merveilles dans les vies des saints, qui sont autant de preuves éclatantes et de

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