‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 169 sur 347 · LIVRE IV, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE III

très-évidents témoignages de cette miséricorde et de cette bonté inefTable du Seigneur envers ses fidèles serviteurs? Le soleil, la lime, les étoiles, avec toute leur splendeur et leur beauté, le ciel même, la terre et les mers ne me donnent jamais de marques plus évidentes de la divine bonté, que lorsque je vois que ces choses-là mêmes que le Seigneur a ordonnées et liées entre elles dans un rapport et une proportion si admirable par des lois éternelles, sont toutes assujetties et obéissent aux ordres des saints et à leurs cendres même après leur mort.

Lorsque cette bonté du Seigneur se manifeste par ces preuves si claires et si convaincantes, c'est une chose incroyable combien elle enflamme les cœurs du feu de son amour et d'un très-ardent désir de servir un si bon Maître, dont ils ont tout à espérer s'ils le servent avec une constante et exacte fidélité. Yoilà ce que j'ai cru devoir faire remarquer en peu de mots touchant le récit des miracles des saints, dont le prédicateur peut se servir avantageusement pour exciter ses auditeurs à l'amour de la souveraine bonté de Dieu.

Le soin et la providence paternelle que le Seigneur, toujours infiniment aimable, fait éclater dans les combats de ses martvrs, ne nous découvre pas moins évidemment les richesses de sa miséricorde et de sa charité; car, outre cette constance invincible qu'il leur donnait pour souffrir avec patience tant de si cruels tourments , il les soutenait et les consolait encore par les secours de sa grâce toute-puissante, par des prodiges du ciel et par des miracles, au milieu des feux et des tourments. On a souvent vu les flammes où on les jetait s'éteindre tout d'un coup, ou, respectant leurs corps, se venger sur ceux qui les avaient allumées. On a vu les bêtes les plus cruelles les caresser et les défendre , au lieu de les dévorer, les roues de fer et les tortures se briser d'elles-mêmes : on a vu les fournaises ardentes leur servir de rafraîchissement; leurs plaies refermées et guéries en un instant; leurs membres tout coupés remis en leur place et parfaitement réunis à leurs corps ; ce qui confirmait tellement la vérité de notre foi, que non-seulement ils y demeuraient eux-mêmes toujours fermes et inébranlables, mais y attiraient encore les infidèles par l'éclat des miracles,

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et les encourageaient par leur exemple à souffrir le martyre pour sa défense.

Qui donc ne reconnaîtrait par ces miracles les richesses immenses de la souveraine bonté de Dieu, et les entrailles de sa miséricorde envers ceux qui le servent? qui ne brûlerait d'un ardent amour pour un Dieu si plein de douceur et de tendresse? qui ne voudrait perdre mille fois la vie au milieu des feux et des tourments pour votre gloire, ô très-fidèle ami des justes, « qui les secourez dans les temps favorables, lorsqu'ils en ont besoin et qu'ils sont affligés '? » C'est ce soin et cette providence paternelle du Seigneur à l'égard de ceux qui sont à lui, que le Sage veut nous faire connaître^ lorsque parlant de la conduite qu'a tenue à l'égard du chaste Joseph la Sagesse incréée : « C'est elle, dit-il, qui n'a point abandonné le juste lorsqu'il fut vendu, mais qui l'a délivré des mains des pécheurs ; elle est descendue avec lui dans la fosse et ne l'a point quitté dans ses chaînes, jusqu'à ce qu'elle lui ait mis dans les mains le sceptre royal, et qu'elle l'ait rendu maître de ceux qui l'avaient traité si injustement 2. » Celui qui, éclairé de la lumière du Saint-Esprit, a reçu non-seulement l'intelligence, mais encore le sentiment et le goût de ces choses, peut toujours relever par de dignes louanges les actions mémorables et les miracles des saints, et réchauffer les cœurs de ses auditeurs par ces preuves et ces exemples à l'amour de la divine bonté.

Pour revenir à notre sujet, ce sont là les biens inestimables de notre vrai Salomon; ce sont les richesses incompréhensibles de Jésus-Christ ; c'est là « cette vertu , cette force , et comme disent d'autres, cette puissance de l'Évangile pour sauver tous ceux qui croient 3, » et pour élever l'homme au-dessus du monde , de luimême et de toute la nature. On peut aussi prendre de là occasion de faire admirer beaucoup la force et la puissance de la grâce, qui

1 Adjvilor iu opportunilatibus, ia tribulatione. Ps.iK., 10.

* Hœc vemlitum justuui noa dereliquit, sed à peccatoribus liberavit cum, descenditque ciim illo iu fovcam, et in vinculis uoii dereliquil, illuin, donec ufferrel illi sceplrum regni, et potenliam adversùs eos qui euui depriincbanl. Sap., X, 13.

^ Non erubcsco Evangeliuui. Virlus enim Dei est iu salutem omui credenti. Rom., I, 16.

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