LIVRE IV, CHAPITRE III, § I
élève une créature mortelle, si faible et si fragile, à un si éminent état de vertu et de pureté. On peut en tirer encore un très-juste sujet d'accuser de folie et d'aveuglement les hommes qui , par la crainte de la peine et du travail, refusent d'entrer dans le chemin de la vertu comme étant trop pénible et trop difficile ; timides et pusillanimes, ils ne veulent pas comprendre que la force de la grâce et de la charité divine fait trouver beaucoup de douceur et de consolation, non-seulement dans l'obéissance et l'observation des commandements de Dieu, mais encore dans les croix et dans les tourments que l'on endure pour son amour et pour sa gloire ; c'est enfin ce qui donne lieu de reprendre fortement les lâches et les tièdes qui négligent les choses les plus légères et les plus aisées, tandis qu'ils voient que les saints qui ont été comme eux conçus dans le péché, en ont fait de si grandes et de si admirables.
Celui donc qui, par la grâce du Seigneur, a les dispositions de cœur et d'esprit nécessaires pour savoir estimer et peser dans la balance du sanctuaire ces dons si magnifiques du Saint-Esprit, pourra toujours très-bien inspirer aux autres, par ses discours, les sentiments dont il sera touché lui-même, et relever ainsi dans l'esprit de ses auditeurs les vertus des saints par de justes louanges. J'avoue qu'il y en a très-peu qui soient favorisés de ces heureuses dispositions, et c'est aussi ce qui fait qu'il n'y a point de sermons plus difficiles ni plus à charge aux prédicateurs que les panégyriques ou les éloges des saints. Mais si quelqu'un n'a pas tout le talent nécessaire pour s'en acquitter avec avantage, il a en main un remède tout préparé, qui est d'expliquer à l'ordinaire l'évangile du jour, et d'insérer dans l'explication même les vertus les plus remarquables du saint que l'Église honore, aux endroits qui y donnent lieu, ou de les proposer seulement dans, la dernière partie du discours; ce qui se fait très-bien par la comparaison démonstrative,) qui^st une figure de sens forte et véhémente par laquelle on loue ou l'on blâme une personne ou une chose , en la comparant à une autre. ^jNous en traiterons particulièrement dans le livre suivant. ^
2S0 lîllETOÎlluri': ECCLÉSIASTIQUE.