‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 172 sur 347 · LIVRE IV, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE IV

breuvage, celui qui mange ma chair ', » etc.^l'exorde doit se prendre du miracle des cing^ pains, parce que le Seigneur voulant attifêi: les Juifs à la foi, et voyant qu'ils lui demandaient pour croire en lui quelque miracle éclatant , tel qu'était la manne envoyée du ciel à leurs pères dans le désert, prit de là occasion de leur parler d'un pain et d'une nourriture sans comparaison bien meilleure qu'il devait donner aux hommes, laquelle ne périrait point, mais demeurerait pour la vie éternelle. Il en est de même de la parabole du Père de famille qui appelle des ouvriers pour travailler à sa vigne, dont l'explication dépend de la demande que saint Pierre fait auparavant à Jésus-Christ, touchant la récompense que recevraient ceux qui auraient tout quitté pour le suivre ; car le Seigneur, après lui avoir exposé la grandeur de cette récompense, prend sujet de là d'enseigner par cette parabole quelles seront les diflérentes récompenses des hommes.

On aura soin d'être court dans cet exorde, afin de ne rien retrancher du temps destiné à l'explication de l'évangile. Plusieurs pèchent en cela doublement : ils emploient la plus grande partie du discours dans la liaison et l'ajustement de l'exorde, et souvent ils lient ensemble ce qui précède et ce qui suit sans aucune nécessité; et la plupart ne manquent en cela que parce que s'étant une fois proposé certaines règles ou manières de prêcher ;, ils croient que tout ce qui est à propos dans un sermon l'est aussi dans tous les autres, et que ce qu'ils ont résolu de faire une fois doit se faire partout de même.

Il y a un autre genre d'exorde dont on doit se servir quelquefois pour préparer l'attention des auditeurs, c'est de commencer le Ct /^./^.^lÀdiscouFs par la réfutation de ce^ qui est en eux un obstacle à la persuasion'des vérités qu'on leur enseigne, ou aux impressions qu'elles doivent faire dans leur cœur ; car ce qui nuit beaucoup au fruit des piédications, c'est que plusieurs y assistent plutôt par coutume que par le désir d'eu profiter ; que d'autres y vont seulement par curiosité, et que la plupart les entendant négligemment V'""

* Caro mea verè est cibus, et sanguis meus verè est potus. Qui manducat meatu carnem, et bibit meuin sanguinem, in me manet et ego in illo. Joan., \i, 5G et 57.

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et avec ennui, en sortent aussi vides qu'ils y sont entrés. Il sera donc, avantageux, au conniiencemeut du discours, d'éloigner ces obstacles et tous les autres semblables, et de faire connaître l'extrême péril où s'exposent ceux qui entendent la parole de Dieu avec des dispositions si criminelles; car, comme c'est dans cette parole sacrée que consistent le remède et le soulagement de nos maux, que reste-t-il à espérer d'un malade à qui ce divin remède a été tant de fois appliqué inutilement et sans aucun effet pour la santé de son àme?

On peut donc se servir de ces trois manières d'exorde dans les homélies ; mais on laisse entièrement à la disposition du prédicateur, de juger quand on peut se servir de l'une plutôt que de l'autre; car la seule règle qu'on doit garder en ceci est qu'il ne faut point traiter les choses toujours de la même manière, mais qu'il est de la prudence et de l'adresse du prédicateur de diversifier toutes choses selon les différences , ou des évangiles, ou des qualités et des dispositions des auditeurs.

/Quant à l'explication de l'évangile ) voici ce qu'on doit y observer principalement : c'est de ne pas se proposer plus de trois ou quatre ou quelquefois cinq points à traiter;} car s'il y en a davantage, le discours sera souvent interrompu par la trop fréquente nécessité d'en ralentir l'action pour passer de l'un à l'autre, et de reprendre à chaque fois un exorde nouveau et de nouvelles pensées. Ajoutez à cela qu'une des principales fonctions du prédicateur étant de toucher et de remuer les esprits et les cœurs, et ces mouvements salutaires ne pouvant être vivement excités qu'ensuite de la preuve et de l'amplification du sujet, il suit de là que plus le sujet est fortement prouvé et vivement amplifié, plus il peut toucher.et remuer efficacement les esprits, et faire de vives impressions dans les cœurs; et comme en se proposant moins de points à traiter, le prédicateur a plus de temps pour les preuves et les développements, on voit qu'il peut inspirer des sentiments plus pathétiques; ce qui est un avantage que n'ont pas ceux qui s'engagent à en traiter plusieurs dans l'espace d'une lieure au plus que doit durer un sermon ; car avec un grand amas de bois on allume un grand feu, et l'on ne peut en faire qu'un petit avec peu de

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