LIVRE IV, CHAPITRE V
cours de la patience, de l'aumône, de la mortalité et de l'envie; soit dans le genre démonstratif, lorsqu'il s'agit de publier l'excellence des vertus de quelque saint, de relever et d'amplilier la grandeur de ses actions et l'éclat de ses miracles, comme le font souvent les mêmes saints Pères.
Le second chef est des sermons ou des homélies sur l'évangile, où l'on donne des règles de morale et des instructions pour la conduite spirituelle, selon que le demande la nature de chaque point de l'histoire sacrée qu'on explique. Les saints Pères ont encore employé très-souvent cette manière de prêcher; si donc l'on a de l'estime pour une de ces deux sortes de sermons, on ne doit pas faire moins de cas de l'autre , puisqu'elles ont été toutes deux en usage parmi les anciens Pères de l'Église , et personne ne doit trouver à redire qu'on en approuve et qu'on en autorise l'usage à leur exemple. Quant à cette seconde sorte, elle est sans doute agréable aux auditeurs par la variété des choses qu'on y traite, utile par la diversité des règles de vie et des instructions morales qu'on y mêle, et outre cela très-aisée au prédicateur; car, comme elle ne consiste qu'à suivre dans l'explication de l'évangile l'ordre et la suite du texte qu'on lit alors, on n'a pas besoin de ces six parties du discours parfait ni d'aucun arrangement artificiel de preuves et d'arguments, et elle ne demande pas non plus un si grand fonds d'érudition dans le prédicateur, n'y ayant point d'esprit si borné ni si dépourvu de lumière et de connaissance, qui ne trouve sur chaque point de l'évangile, quelque chose qui serve à l'expliquer et à le mettre en lumière.
Toutefois, si cette manière de prêcher est agréable à ceux qui écoutent et facile au prédicateur, elle paraît aussi avoir peu de force et de vivacité; car les grands mouvements sont les effets propres de l'amplification qui suit la preuve du sujet, et ils sont, comme il a déjà été dit, d'autant plus véhéments et plus efficaces, que la preuve est plus ferme et plus étendue. Or il n'y a pas heu de faire entrer cette sorte de preuve dans l'explication de l'évangile, ni d'étendre beaucoup celles qu'on y emploie, parce qu'ayant à traiter plusieurs choses difTérentes dans l'espace d'une heure, il n'est pas possible qu'on s'arrête longtemps sur aucune. C'est pour-
quoi la preuve , qui est nécessairement courte et sèche dans ces sermons, ne peut pas exciter de grands mouvements; ajoutez à cela qu'il faut souvent interrompre l'ardeur dans laquelle consiste toute la force du discours, parce que c'est une nécessité de passer plusieurs fois d'un sujet à un autre tout différent. C'est là un grand i nconvénient ; car il n'y a personne qui soit tellement maître de ses mouvements, qu'il puisse arrêter tout d'un coup celui dont il est animé, et en reprendre aussitôt un nouveau qui naît d'un sujet tout différent.
Au reste, lorsqu'on ne traite qu'un certain sujet dans un sermon, comme quand nous exhortons à l'amour de nos ennemis, à la pratique de l'aumône, de l'humilité, de la charité, delà patience ou de quelque autre vertu cli rétienne, l'ardeur, la vivacité du discours peut être d'autant plus grande, que la force et la multiplicité des preuves et des arguments présente une matière propre à exciter de plus grands mouvements; mais il est aussi plus difficile de réussir dans cette sorte de sermon, parce qu'elle demande dans le prédicateur une grande force d'éloquence et une abondante provision de pensées, de sentences et de vérités, pour éviter par une riche et agréable variété de choses le dégoût c[ue pourrait causer un long discours sur un même sujet;, et c'est la première difficulté qui s'y rencontre. La seconde, qui n'est pas moindre, et je ne sais même si elle n'est pas beaucoup plus grande, c'est d'adapter et d'accommoder judicieusement à la preuve en laquelle consiste toute la force du discours , les autres parties dont il est composé, savoir : l'exorde, la division, la réfutation et la péroraison; car un sermon de cette sorte est comme un corps parfait et accompli en ses parties^ qui doivent toutes avoir entre elles une Maison, un rapport et une convenance mutuelle comme les membres d'un même corps. Mais cette double difficulté est compensée par la raison que nous avons dite, que cette sorte de discours a plus de force et de vivacité, et est plus propre et plus efficace pour convaincre les esprits et persuader les cœurs.
Si l'on me demande laquelle de ces manières de prêcher on doit préférer, sans m'attribuer le droit d'en juger, je dirai en peu de mots, selon la portée de mon esprit, ce que j'en pense. Je n'ap-