‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 177 sur 347 · LIVRE IV, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE V

prouve nullement ceux qui ne s'attachent qu'à une même manière de prêcher, et qui eu ayant une fois pris une, se décident à la suivre toujours. Il me parait plus avantageux de se servir tantôt d'une manière et tantôt d'une autre, selon la nature et la dignité des sujets qu'on doit traiter, ou selon la condition et les besoins des auditeurs. Quelquefois tout le discours roulera sur l'explication morale de l'évangile, et d'autres fois on traitera quelque sujet particulier, ou dans le genre démonstratif, ou dans le délibératif; et pour prévenir le dégoût que pourrait causer la longueur d'un discours entier sur une même chose, on l'envisagera sous plusieurs points de vue. Si, par exemple, on traite de la charité, on relèvera dans la première partie l'excellence et le mérite de cette vertu; dans la seconde, on expliquera les moyens qui servent à l'acquérir; et dans la troisième, on montrera ce qui peut la détruire. Sur l'humilité, on traitera les mêmes questions et les mêmes parties, et l'on s'étendra de plus sur les divers degrés et sur les caractères ou les marques de cette vertu. On peut en user de même sur la prière, et y joindre même d'autres choses dont on peut parler très à propos à ce sujet, comme de la préparation avant la prière et des difTérentes vertus qui servent à la rendre efficace, je veux dire de la foi, de l'humilité, de la ferveur, du jeune et de l'aumône. On peut donc éviter ainsi le dégoût que pourrait donner un discours entier sur un même sujet, en le diversifiant par cette multiplicité de questions toutes différentes.

Je pourrais appuyer ce sentiment sur l'autorité des saints Pères, que nous savons constamment être les plus habiles dans l'une et l'autre de ces deux sortes de sermons ; mais celle que nous avons touchée au commencement de ce chapitre, me paraît la plus commode et la plus avantageuse : car, outre qu'on y explique l'évangile, on y traite quelque sujet choisi et particulier, et je vois même de plus que cette manière de prêcher a toujours extrêmement plu à saint Chrysostome, ce prédicateur incomparable, et le plus éloquent d'entre tous les Pères grecs. C'est le dernier des trois chefs auxquels on peut réduire les diverses sortes de discours sacrés dont j'ai parlé jusqu'ici. On doit se servir de cette manière de prêcher et des autres, suivant la nature et la condition des

choses qu'on veut expliquer, et suivant la faculté, la force et la disposition du prédicateur; car les mêmes choses ne conviennent pas à toute sorte d'esprits ni à toute sorte de sujets.

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