CHAPITRE Yll
De la disposition.
Nous avons traité jusqu'ici de l'invention des arguments : il nous reste à parler de leur disposition. La disposition a pour but de ranger les arguments dans un ordre convenable, propre à faire naître la persuasion .jTout le monde comprend la nécessité de cet
ordre et de cet arrangement : car de même qu'un amas de pierres et de matériaux ne forme pas un édifice, à moins qu'ils ne soient disposés selon les règles de l'art; de même que l'armée la plus vaillante et la mieux aguerrie ne peut remporter la victoire, si elle n'est conduite et rangée en bataille par un chef expérimenté : ainsi les arguments tirés des lieux communs ne produisent qu'un vain bruit de paroles, quand ils ne sont point içlistribués dans un ordre logique, propre à porter la convictioAdans les e.^prits.
Le premier ordre ou la première règle qu'on peut garder dans cet arrangement, est de suivre celle que nous avons prescrite ci-devant pour la disposition des parties principales du discours parfait et des choses qui entrent en chacune, c'est-à-dire qu'on doit commencer par l'exorde, faire suivre la narration et la division, puis la preuve et la réfutation, enfin la péroraison. On peut aussi, d'après les règles de l'art, disposer non-seulement tout le corps du discours dans cet ordre, mais encore la matière de chaque raisonnement qu'on y emploie, selon l'ordre que nous avons montré} ci-devant en traitant du raisonnement oratoire et de ses parties, qui sont(la proposition, la preuve, la confirmation, l'ornement et la conclusion î 11 y a donc deux sortes d'arrangement et de disposition dans un discours parfait : l'une de toutes les parties du discours entre elles, et l'autre des parties de chaque raisonnement oratoire.
Il est aussi à propos, à l'égard des raisonnements ou des moyens qu'on emploie pour la preuve et pouxia rp|utation , qu'ils soient disposés de telle sorte que chacune de ces deux principales parties /commence et finisse par les plus forts et les plus solides, et que les moins utileslet les moins importants par eux-mêmes, c'est-à-dire ceux qui, étant proposés seuls et séparément, sont(faibles, mais qui, joints avec d'autres, ne laissent pas d'avoir du poids et de la fermeté, soient insérés dans le milieu ;)car après la narration ou l'exposition du sujet, l'esprit de l'auditeur est comme dans l'attente de savoir sur quel fondement et par quel moyen on établira la preuve. C'est pourquoi il faut d'abord apporter quelque raison forte et solide ; et parce qu'on se souvient mieux de ce qui a été dit plus récemment, il est très-important, lorsqu'on fait la preuve