LIVRE IV, CHAPITRE VII
d'un discours, de le finir par quelque raisonnement dont la certitude et la force fassent impression sur les esprits.
Il y a encore un autre ordre de doctrine qu'on doit garder en tout genre de discours ; c'est de(traiter en premier lieu les choses, ou qui sont nécessaires pour l'intelligence de celles qui suivent, ou qui servent à leur donner un plus beau jour. Il faut aussi passer de ce qui est plus général à ce qui l'est moins, du genre à l'espèce, du facile au difficile) du connu à l'inconnu : (ainsi nous connaissons les causes par leurs effets ; et par la connaissance des choses que les sens nous découvrent , nous nous élevons à celle des choses spirituelles, et que l'esprit seul peut apercevoir, parce que les choses sensibles nous étant plus proches et plus familières, nous sont aussi plus connues. C'est aussi pour cela, comme dit l'Apôtre, que! « les grandeurs invisibles de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité sont devenues visibles depuis la création du monde par la connaissance que les créatures nous en donnent ^..j»
Nous avons jusqu'ici expliqué presque tout ce qui nous semble mériter d'être enseigné touchant l'invention et la disposition des matières de toutes sortes de discours ; passons maintenant à ce qui regarde l'élocution.
Invisibilia ipsius (Dei), à creaturà ruundi, per ea^uœ, .fafita suutj intellecta conspiciunlur, seiupiterna quoque ejus virtus efUivinitas. Rom., i, 20.
LIYEE CINQUIEME
DE l'ÉLOCUTIO^' .
AVAIVT-PROPOS.
Lorsque je commençai cet ouvrage, je n'avais jamais pensé à descendre dans le détail des préceptes et des règles de l'élocution ; mais, comme la rhétorique a pour but d'enseigner l'art de bien dire et de parler éloquemment , et que cet art dépend des figures de pensées et de mots tellement liées entre elles qu'on ne peut les bien comprendre les unes sans les autres, j'ai pris le parti de traiter ce sujet. Ne voulant donc pas laisser mon travail incomplet, afm que le prédicateur zélé ne fût pas obligé d'aller feuilleter de tout côté les ouvrages des rhéteurs, ni de parcourir cette multitude de préceptes dont ils sont remplis, j'en ai choisi et recueilli avec le plus de clarté et de netteté, et dans l'ordre le plus exact et le plus juste qu'il m'a été possible, les plus nécessaires et les plus propres à notre objet; et pour les rendre plus intelUgibles et plus aisés, je me suis attaché ave'c soin à les expliquer et à les éclaircir particulièrement par des exemples de saint Cyprien, le plus éloquent de tous les Pères et le plus orné dans ses discours.
Et ce n'est pas sans raison que j'ai cru devoir le faire; car, comme les maîtres de l'art sont persuadés que les exemples tirés de Cicéron suffisent pour l'éclaircissement et l'intelligence de tous les préceptes et de tous les ornements du discours, je suis persuadé aussi que ce saint Père , qui est dans l'Église le Cicéron chrétien, nous fournit dans ses divers ouvrages, non - seulement des exemples plus que suffisants pour cet effet, mais encore d'excellents modèles pour former les mœurs des hommes, et pour régler saintement leur vie.
LIVUE V, CHAPITRE 1. 293