CHAPITRE IL
Des quatre principales qualités de l'élocutioUj et premièrement de la pureté ' — ,-^— —«-- •• du langage...
Il y a quatre choses à considérer particulièrement dans l'élocution : la pureté, la clarté, l'ornementation et la convenance du langage. Nous allons parler successivement de ces quatre qualités.
La première qualité de l'élocution, c'est-à-dire la pureté du langage, est proprement du ressort des grammairiens ; car c'est à eux qu'il appartient de juger des défauts du discours.
Cette remarque a lieu non-seulement pour la langue grecque et la langue latine, mais encore pour toutes les autres ; car nonseulement chacune a ses phrases ou ses manières de parler, mais elle a aussi, pour la structure et l'arrangement des mots, des lois et des règles qui sont en usage parmi les personnes d'une bonne éducation, et que doit suivre quiconque veut parler proprement et selon la propriété de la langue.
Il y a trois vices contraires à la pureté de l'élocution. Le premier, appelé barbarisme, est une faute qui se commet lorsqu'on fait entrer dans le discours des mots qui ne sont point en usage parmi ceux qui savent bien la langue. Le second est ce qu'on appelle solécisme : il se commet lorsque les termes qu'on emploie sont construits contre les lois de la grammaire. Le troisième, qui approche du barbarisme, est lorsqu'on se sert d'une diction étrangère : par exemple, si nous mêlons^du latin dans le français, ou du français dans le latin, ce que la pureté et la propriété du langage veut qu'on évite avec soin.
Il ne sera pas hors de propos d'avertir ici que nous ne devons pas moins éviter les tours et les phrases, ou les façons de parler des étrangers, que leurs mots ; car c'est un vice où les hommes les plus instruits tombent souvent : Tite-Live même, dont l'élo-
quence est admirée, en a été repris par Asiniiis Pollion. C'est pourquoi « il faut, dit Quintilien, que toutes les paroles et l'accent même ou le son de la voix d'un orateur de Rome sentent le nourrisson de cette ville, afm que son discours soit vraiment romain et tout à fait pur, et non d'un habitant de province qui ait seulement le droit de bourgeoisie. » Il y a des prédicateurs qui ne sont pas exempts de ce défaut, car on en voit souvent qui, prêchant en langue vulgaire, mêlent dans leurs discours des phrases et des façons de parler toutes latines ou hébraïques; ce qui leur arrive principalement lorsqu'ils citent des passages de l'Écriture ou des Pères.