‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 190 sur 347 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

De la quatrième qualité de l'éloculiou, ou de la convenance du langage.

(« Tout discours, dit Cicéron, est composé de mots que nous devons considérer d'abord en eux-mêmes, puis dans leur rapport avec la phrase.") Il y a, en effet, une sorte d'ornement qui consiste dans les mots pris isolément , et une autre qui résulte de leur ensemble et de leur liaison . ISous emploierons donc, ou les mots propres adaptés au sujet qu'ils expriment et en quelque sorteniés avec lui, ou des mots dont nous altérons l'acception primitive pour la transporter à des objets étrangers.

« A l'égard des mots propres, le' mérite de l'orateur est d'éviter les expressions triviales et hors d'usage, pour n'employer que des termes nobles et choisis, dont l'harmonie soit pleine et sonore. Il faut encore faire un choix parmi ceux-ci : l'oreille sert de guide à cet égard; l'habitude de parler purement est aussi d'un grand secours?) Ce jugement, que les ignorants portent tous les jours d'un orateur, en disant : Il s'exprime ou ne s'exprime pas en bons termes, n'est point fondé sur les règles de l'art, mais sur un sentiment naturel. Il y a peu de mérite à éviter l'impropriété des termes, quelque grand que soit ce défaut; cependant l'usage non interrompu des expressions justes, fait en quelque sorte la base et le fondement de tout l'édifice '. » Au reste , les mots les plus honnêtes et les plus chastes sont toujours d'autant mieux reçus, qu'on doit éviter tous ceux qui présentent à l'esprit quelque image impure, et ne faire jamais entrer aucune parole indécente dans un discours sage et judicieux.

Enfm, pour ce qui regarde l'usage des termes propres, il faut en faire un choix si juste, qu'ils conviennent parfaitement à la nature et à la dignité des choses dont on parle. Ainsi ^les paroles fortes, aigres et dures à l'oreille, s'accordent bien avec la narration des choses cruelles et barbares. Un terme qui est magnifique dans l'expression d'une chose relevée , paraîtra ridiculement enflé dans

'■ Gic.jcZe 0/-û^, lib. III, n. 37.

30^ RHETORIQÎjE ECCLESIASTIQUE.

une chose vile et basse) et, au contraire, les mots qui sont bas et au-dessous des grandes choses, paraissent les plus propres pour les moindres. Si la bassesse populaire d'un mot est, dans un discours brillant, comme une tache qui le gâte, un mot sublime et pompeux ne déplaît pas moins dans un discours simple. Toute élévation est une difTormité dans les choses unies.

Tout ceci regarde les termes propres ; mais (pour ce qui est des métaphoriques ou transportés du sens propre dans le figuré)dont nous devons parler présentement,/on ne peut en bien connaître la force et la b: auté que par la situàtion'iqu'ils ont dans le tissu du discours, où ils apportent beaucoup dé grâce et les plus beaux ornements.

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