‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 192 sur 347 · LIVRE V, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE VI

mot virga (un sceptre), marque la puissance de Jésus-(]hrist notre Sauveur, et la comparaison d'une fleur désigne la douceur et la beauté de son règne. Ce qui suit est plein d'allégories : « Le loup habitera avec l'agneau, le léopard se couchera auprès du chevreau... » Et dans le chapitre vni, après avoir dit : « Parce que ce peuple a rejeté les eaux de Siloé, qui coulent paisiblement et en

silence ' , r> il décrit la ruine dont ce peuple est menacé, en

représentant les Assyriens qui devaient fondre sur lui comme un fleuve rapide, sans que rien pût s'opposer à sa violence : « Le Seigneur, dit-il, fera fondre sur lui le roi des Assyriens avec toutes ses forces, comme de grandes et violentes eaux d'un fleuve rapide ; ce fleuve s'élèvera de tout côté au-dessus de son lit, il ira par-dessus tous ses bords; et inondant le pays, il se répandra dans la Judée, en sorte qu'elle ait de l'eau jusqu au cou. » Dans le chapitre xxxv, voulant nous tracer comme un tableau visible de l'étaljlissemeut de l'Évangile et des merveilles que le Seigneur a faites dans la fondation de son Église , il nous représente la conversion et la joie des Gentils par de très-belles métaphores, en disant : « La terre déserte, sans chemin et sans eau, se réjouira; la solitude sera dans l'allégresse, et elle fleurira

comme le lis - » Cette terre représente admirablement les

Gentils, qui, longtemps dans les ténèbres du paganisme comme une terre déserte, privée de la rosée du ciel, sontenfln entrés dans l'Église, où les eaux salutaires de la grâce du Sauveur ont fait fleurir en eux les lis des vertus. Le prophète Jérémie, voulant exposer, d'une manière vive et forte, que Xabuchodonosor était près de sortir de son pays pour venir fondre sur Jérusalem et détruire les villes de Juda, représente ce roi sous la flgure d'un lion furieux : « Le lion s'est lancé hors de son antre, le brigand des nations s'est levé ; il est sorti de son pays pour réduire votre

1 Pro eo quôd abjecit populus iste aquas Siloe, quae vaduut cuin silentio

Propter hoc ecce Dominus adducet super eos aquas flumiuis fortes et multas, regem Assyriorum, et omnem gloriam ejus, etasceudet super omnes rivos ejus, et fluet super universas ripas ejus, et ibit per Judam; inundans, et transiens usque ad coUum veniet. Ibid., viii, 6.

2 Laelabitur déserta et invia, et exultabit solitudo, et florebit quasi lilium. Is., xxxv, i.

terre en un désert, et vos villes seront détruites * . . , » Ce même roi d'Assyrie est encore représenté sous la figure d'un aigle par Ezéchiel : « Un aigle puissant, qui avait de grandes ailes et un corps très-long, plein de plumes diversifiées par la variété des couleurs, vint sur le mont Liban et emporta la moelle d'un cèdre ; il arracha l'extrémité de ses branches ^ » Pour exprimer l'orgueil et la fierté cruelle de Pharaon, roi d'Egypte, le même prophète se sert de la métaphore d'un di^agon : « Je viens à vous, grand dragon, qui vous couchez au milieu de vos fleuves, et qui dites : Le fleuve est à moi, et c'est moi qui me suis créé. Je mettrai un frein à vos mâchoires, et j'attacherai à vos écailles le poisson de vos fleuves ^... »

Ces sortes d'exemples se trouvent partout dans les livres des prophètes; mais je n'ai pas laissé d'en rapporter plusieurs pour faire mieux connaître l'utilité et tout ensemble l'usage de ces figures, et pour montrer comment elles changent la signification propre des mots en une autre plus noble et plus agréable ; car il est manifeste que ces sortes d'expressions figurées relèvent avec beaucoup plus d'éclat les choses grandes et atroces, et en représentent la grandeur et l'atrocité avec bien plus de force et de vivacité que les termes propres.

C'est ce changement de signification dans les termes qui donne naissance aux figures appelées tropes. Ces figures sont la métaphore, la synecdoche, la métonymie, l'antonomase, la catachrèse^ l'allégorie, l'ironie, et la périphrase.

1 Ascendit leo de cubili suo, et praedo gentium se levavit, egressus est de loco suo, ut ponat terram tuam in solitudiuem; civilates tuae vasiabuntur, rémanentes absque babitatore. Jer., iv, 7.

* Aquild grandis magnarum alarum, longo membrorum diictu, plcna plumis et varietate, venit ad Libanum, et tulit meduUam cedri, summilalem frondium ejus avulsit. Ezech., xvii, 3.

^ Ecce ego ad te, Pharao rex ^Egypti, draco magne, qui cubas in medio fluminum tuorum, et dicis : Meus est tluvius, et ego feci memetipsum. Et poQam frenum in maxiilis tuis, et agglutinabo pisces fluminum luorum squamis tuis. Ibid., XXVIII, 3.

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