‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 193 sur 347 · LIVRE V, CHAPITRE VI, § I · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE VI, § I

De la métaphore.

Commençons par la métaphore, qui est sans contredit la plus belle, et qui a aussi une plus grande étendue. Parlons-en d'abord d'après Cicéron. «L'usage des expressions figurées est très-étendu. D'abord le besoin, la pauvreté des langues, leur donnèrent naissance; bientôt le plaisir et l'agrément les consacrèrent. Il en fut comme des vêtements, que l'homme imagina d'abord pour se défendre contre la rigueur des saisons, et qu'ensuite l'opulence fit servir à sa parure; ainsi la nécessité produisit les figures, et le goût en répandit l'usage. Aujourd'hui on entend dire, même dans les champs, Yœil de la vigne, le luxe des herbes, de rmn^es prairies. Quand nous ne trouvons point de mot propre qui soil la fidèle , expression de notre idée, nous employons un tour métaphorique, j et la comparaison avec l'objet dont la métaphore est tirée fait mieux ressortir la pensée. [Les figures sont donc des emprunts par lequels nous allons chercher ailleurs ce qui nous manque.')Il y en a de hardies, qui loin d'annoncer l'indigence, répandent de l'éclat sur le style ' . »

Écoutons maintenant Quintilien : « Nous disons qu'un homme est dur, qu'il est rude, parce qu'il n'y a pas de terme propre pour exprimer ces dispositions de l'àme. Mais quand nous disons d'un homme qu'il est étincelant de colère, qu'il est enflammé par la passion, qu'il est tombé en erreur, c'est pour donner plus de force à nos paroles, ces termes empruntés étant en efl^et plus forts que ceux qui sont naturellement faits pour signifier ces choses. Uj a d'autres métaphores qui ne sont que pour l'embellissement du discours, comme quand on dit : La lumière du barreau, la splendeur de sa race, un torrent d'éloquence, les mouvements orageux qui sont si souvent excités dans l'assemblée du peuple, etc. C'est ainsi que Cicéron, dans l'oraison pour Milon, appelle Claudius le principe et la source de la gloire de Milon; et ailleurs : La matière de son triomphe - »

1 Cicer., Dial. de Orat., lib. III, n. 38

2 Quintil., lib. VIII, n. 6.

.11 -2 HHI-TORIQUE ECCLÉSIASTIQLE.

« Je uiL' suis souvent demandé avec étonnement, reprend Cicéron, pourquoi les expressions figurées plaisent toujours plus que les mots propres. Si l'objet n'a pas de dénomination qui lui soit spécialement assignée, comme le pied d'un trône, le lien d'un contrat de mariage , le divorce avec une femme , l'emprunt devient indispensable : il faut chercher ailleurs ce qui nous manque ; mais lorsque la langue même fournit une foule de termes propres, on préfère de beaucoup les expressions figurées, pourvu qu'elles soient choisies avec goût. En voici, je crois, la raison. D'abord nous croyons voir une marque de génie dans cette audace qui dédaigne ce qui est sous ses pas pour aller conquérir des trésors éloignés;] on promène ainsi l'imagination de l'auditeur sans l'égarer,/et cet entraînement est pour lui plein de charmes \ En outre nous aimons à trouver réuni dans un seul mot l'objet et son image. Enfin toute métaphore, quand elle est juste, s'adresse à nos sens, et principalement à celui de la vue, le plus actif de tous. Ces expressions : la fleur de l'urbanité, le poli des manières, le murmure des eaux, la douceur du style, s'adressent à nos autres sens; mais les métaphores qui parlent aux yeux ont une magie bien plus puissante, parce qu'elles rendent comme sensible à l'intelligence ce que la vue ne peut apercevoir ' »

« Il y a plusieurs genres de métaphores, et j'en distingue particulièrement quatre. Lê^remier\'f lorsqu'on parlant des choses animées on emploie l'une pour l'autre, comme quand un de nos poètes se sert du mot de fjouverneur pour celui d'écuyer, ou quand Tite-Live dit que Caton aboyait toujours après Scipion. Le second, lorsqu'on prend' (une chose inanimée pour une autre de même nature, comme en cette expression de Virgile : Lâcher la bride â un i'ais&euu.\LQ troisième, lorsqûfà des choses animées on en substitue d'autres qui ne le sont pas, comme quand on demande si c'est le fer ou le destin qui a abattu le courage des Grecs^Le quatrième enfin, lorsque , pour exprimer une chose inanimée, on emploie des termes qui marquent de la vie et de l'action; et c'est particulièrement de cette dernière source que naissent le sublime et le merveilleux, quand nous nous élevons par des métaphores hardies

1 Cicer.

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