‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 195 sur 347 · LIVRE V, CHAPITRE VI, § II. 31 o · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE VI, § II. 31 o

De la synecdoche.

La synecdoche est une figure qui fait entendre le tout par une partie, ou une partie par le tout^ ou ce qui suit par ce qui précède. Cette description comprend les huit m^mCTes^dJemployer cette figure, qui sont : 1° de prendre la partie pour le tout, par exemple, la poupe d'un vaisseau pour le vaisseau même, le toit pour la maison, etc. 2° D'exprimer plusieurs liûuuiies.paruQ singulier, comme dans Tite-Live : « Le Romain victorieux après le combat, etc. » ; et dans Virgile :

Déjà de nos remparts l'ennemi se voit maître i,

pour dire, les ennemis sont déjà maîtres de notre ville. 3" D'exprimer le genre par l'espèce, comme le même Yirgile :

Dantesque sabellicus exacuit sus.

OÙ |le mot sabellicus sus , sanglier marsien - , est pris pour toute sorte de sanghers. 4° De faire entendre une chos:! par la matière dont elle est faite; ainsi le fer se prend pour toute sorte d'armes, comme dans cet endroit de Cicéron : « Il y avait des gens bien équipés et rangés dans certains postes avec le fer à la main ^; ») ainsi, par le pin on entend un navire^ et par To/- et l'argent la monnaie qui en est fabriquée. (o" et 6° D'exprimer au contraire la partie par le tout, ou bien de représenter un homme seul par le pluriel, comme quand Cicéron parlant de lui seul, a dit : « Nous avons gagné le peuple et passé pour orateur ^ ; » 7° de prendre le genre pour l'espèce, comme dans cet endroit de Yirgile :

« L'oiseau lâchant sa proie, la jeta dans le fleuve ^, \

• ■ Hoslis habet muros

2 Du pays des Marses, aujourd'hui l'Abruzze, province du royaume de Naples.

3 Homines iustructi, et certis locis cum ferre coliocati. ^ Populo imposuimus, et oratores visi sumus.

* Prsedamque ex unguibus aies

Projecit fluvio

31 fi RHÉTORIQUE ECCLÉSIASTIQUE.

OÙ l'on voit le mot à'mseau pris pour un aigle, et celui de fleuve pour le Tibre. 8" De montrer ce qui suit par ce qui précècliéj comme dans ce vers du même poëte , pour dire que la nuit approche :

Voyez, déjà les bœufs ramèneut la charrue *. » j

On voit par là que la métaphore a été inventée pour émouvoir les esprits, en mettant comme devant les yeux les choses dont on parle; et que la synecdoche est pour amplifier et enrichir le discours.

§ in.

De la métonymie.

Cette figure est peu difTérente de la précédente. Elle sert à faire entendre la cause par l'effet et l'effet par la cause, le contenu par le contenant et la chose signifiée par le signe. Nous exprimons [l'effet par la cause, quand nous mettons l'inventeur ou l'auteur d'une chose pour la chose même : ainsi //re Plalon^Aiistote, Démosthène, s'emploie pour lire leurs livres; et nous marquons/la cause par l'effet, quand nous disons, par exemple, le crime est (découvert, on entend par le crime celui qui l'a commis. De là vient qu'on dit élégamment, comme font d'excellents auteurs : ]La crainte morne et chagrineMa triste vieillesse Àla mort pôle ; comme dans cet endroit d'Horace :

La mort, la paie mort, par de communes lois. Moissonne également les burgers et les rois^.

On exprime avec beaucoup de grâce(ce qui est contenu par le contenant; ainsi quand on dit : « Une ville bien policée,\un siècle heureux ou malheureux, » on entend 4es habitants de la ville\et les hommes du siècle dont on parle; et quand on lit dans Virgile .

Fleuve très-agréable au Ciel -'•,

' Aspice, aralra jugo referunt sus[ieusa juvenci.

* Pallida mors œquo pede puisât

Pauperum tabernas, regumque lurres.

' Gœlo gratissimus amnis.

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