LIVRE V, CHAPITRE YI, § III
il est visible que le Ciel en cet endroit signifie les esprits célestes. Dans celui-ci defCicéron : « Pour ne rien dire d'Athènes, cette inventrice des belles-lettres i^t de toutes les sciences, qui a trouvé et porté à sa plus haute perfection le grand art de l'éloquence *, » A on voit que la ville à' Athènes est prise pour les Athéniens, comme V Afrique pour les Africains dans ces vers :
Que l'Afrique treuiblacle est pleine de tumulte 2;
et de même dans le champ de Mars en est témoin^ pour marquer ceux qui s'y assemblent. On rapporte (encore) à ce genre d'expression celle par laquelle on désigne (/ow^e une armée par celui qui en est le chef, ou une maison par celui qui la possède)comme dans Virgile :
Déjà brûle à mes yeux mon malheureux voisin s :
et quand on lit qu'à la bataille de Cannes, il y eut plus de soixante mille hommes taillés en pièces par Annihal, cela veut dire par son armée. De là vient encore qu'on dit fort bien d'un homme qu'on l'a dévoré, pour marquer qu'on lui a dévoré son patrimoine.
Enfmune chose peut s'exprimer par une autrequi en est seulement le signe, (comme la royauté par la pourpre, et la dignité de la magistrature par les faisceaux qui en étaient les marques, comme dans cet endroit de Yirgile :
Ni les faisceaux du peuple ni la pourpre des rois. N'ont pu fléchir son cœur*....T^
« La métonymie, dit Cicéron, ne résulte pas du changement d'un mot; elle tient au fond même du style :
L'Afrique s'épouvante au signal des batailles,
1 Ut omittam illas omnium doctrinarum inventrices Athenas, in quibus summa dlcendi vis, et inventa est et perfecta.
2 Africa teiribili tremit horrida terra tumultu.
3 Jam proximus ardet.
Ucalegon
'* Non illum populi fasces, non purpura regum Flexit
L'Afrique est prise ici pour les Africains, Ce n'est pas un mot inventé, comme suxifragis undis; ce n'est pas non plus une métaphore, comme la mer s'apaise; c'est un mot propre mis à la place d'un autre mot propre, pour produire plus d'effet. De même :
Cesse, orgueilleuse Rome...
Témoia ces vastes champs.
« Ce genre de figures a de l'éclat, et l'on peut l'employer souvent. Ainsi l'on dit fréquemment\/)/«/'s pour la guerre, Cérès pour la moisson, Bacchus pour le vin, Neptune pour la iWQY^e champ de Mars pour les comices, ^/a toge pour la paix,yes armes ou le glaive pour l'art militaire ou les combats.
« C'est encore la même figure, lorsqu'on désigne par leurs vertus ou leurs vices les hommes vertueux ou méchants; ainsi l'on dit que le luxe envahit une maison, que l'avarice y pénètre, que la bonne foi a triomphé, que la. .justice l'emporte. Yous voyez par là en quoi consiste cette figure, qui parole changement d'un mot donne plus d'agrément à la pensée. »
§ IV
De l'antonomase.
L'antonomase désigne les personnes en mettant une chose pour le nom propre, comme le destructeur de Carthage et de Numance pour Scipion, le prince de l'éloquence romaine pour Cicéron\,ou bien elle se sert d'une épithète, comme dans cet endroit de Virgile :
\ Les armes qu'en parlant le cruel a laissées *,
où le cruel est mis pour Enée. Ainsi nous disons par excellence, l'Apôtre pour saint Paul, le poëte latin pour Virgile.
L'antonomase ne se rapporte qu'aux noms des personnes, \et c'est en cela qu'elle diffère de la périphrase, dont nous parlerons
* Thalarao quae fixa reliquit
Impius