LIVRE V, CHAPITRE VI, § V
plus tard, et qui s'étend généralement à tout ce qui s'exprime mieux par une circonlocution que par un nom propre.
Diomède considère l'épithète, c'est-à-dire, ce qui se joint ou s'ajoute au nom substantif, comme une espèce d'antonomase. Çe n'est souventjaujm^ad^^ joint à un nom substantif pour lui doMei% oiTd^^^ P.u.plus d'étendue, ou plus de clarté;
et il est aussi assez ordinairement joint à d'autres noms que ceux qui sont propres aux personnes. Il n'importe pas même que ces épithètes soient des noms adjectifs on non, pourvu qu'ils attribuent quelque propriété, non-seulement aux personnes, mais aux choses, comme : « Une jeunesse insolente ; une passion folle, aveugle, inconsidérée; une vieillesse chagrine et fâcheuse; l'histoire, qui est la vie des chosës"passées, la lumière de la vérité et la règle de notre conduite. »
Dans la poésie, on peut se servir d'épithètes qui conviennent naturellement aux choses, comme la neige blanche; mais dans la prose on ne s'en sert points à moins qu'elles n'aient quelque emphase, comme dans ce passage : « Vous ne réussirez point dans une si injuste cause auprès d'Aristide, qui est très-juste ; » et en celui-ci : ^(Osez-vous bien entrer danslesjeuxetles danses de Flore, devant Gaton, le plus sévère censeur des mœurs -? »,Cela se doit principalement observer dans les citations des exemples et des sentences : « Aristarque, le plus savant et tout ensemble le plus studieux de son siècle; Cicéron, le prince de l'éloquence; Platon, l'auteur le plus éloquent et le plus solide. »
(« Ce genre de tropes, dit Quintilien, s'embellit surtout par les métaphores, comme : « Une cupidité effrénée] ou sans frein ; de folles structures ou des édifices sans fondement. » Et cette sorte de beauté est tellement nécessaire, que le discours sans elle paraît,
1 Non impetrabis causam tuam injuslissiinam ab Aristide justissimo.
2 Cornm Catone, severissimo moruin censore, audos agere floralia.
s'il faut ainsi dire, d'une nudité affreuse. Ne le chargeons pas néanmoins de trop d'épithètes; car alors il devient embarrassé, de manière que vous diriez un bataillon composé d'autant de valets et de bouches inutiles que de soldats, où par conséquent le nombre est double, mais non pas les forces. »
On peut néanmoins multiplier quelquefois fort élégamment les épithètes, mais cela doit se faire de telle sorte qu'elles soient comme des définitions ou des descriptions, et qu'elles expliquent toute la nature et les propriétés du sujet. C'est ce que fait admirablement saint Jean Climaque, dans son Échelle Sainte^ par exemple dans cet endroit du vingt-troisième degré : « L'orgueil est un renoncement à Dieu, un mépris des hommes et l'effet naturel des louanges qu'on nous donne; c'est la marque de la stérilité de l'àme, l'éloignement du secours de Dieu, l'avant-coureur funeste de l'endurcissement du cœur , la cause des plus grandes chutes , et le plus fort appui des démons; c'est la matière de l'épilepsie spirituelle, la source de la colère, la porte de l'hypocrisie, l'auteur des jugements téméraires et de toute inhumanité, le gardien de nos
oflenses, l'oubli de toute compassion L'orgueil, dit-il encore,
est un créancier très-rigoureux, un juge impitoyable, un mortel ennemi de Dieu, une racine malheureuse des blasphèmes '. » Origène parlant de la Cananéenne : « Cette femme, dit-il, la source du péché, l'arme du démon, l'éloignement et la privation du paradis, la mère du vice et la corruption de l'ancienne loi, venait au Seigneur Jésus 2. » L'apôtre saint Jude emploie cette même figure à l'occasion de quelques faux apôtres, contre lesquels il s'élève dans son ÉpUre catholique : « Ces personnes, dit-il, sont la honte et le déshonneur des festins de charité, où ils mangent avec vous sans retenue ; des corrupteurs de la loi et des mœurs, qui n'ont
* Superbia est Dei abnegalio, asperualio hominniu, niala laudum progenies, sterilitatis argiimentum, divini adjvUorii expulsio, stuporis prœcursor, lapsum miniitra, iiriiiamentum daemoDUQi, epilcp.--iae spiritualis fomes, fons furoris, hypocriâià janua, parens temeraiii judicii, imuiisericordiae causa, custos peccatorum, commiseralionis ignoratiOj acerba Icgum auctiix, judex immilis, boslis Dei, blaspheniiœ radix.
2 Mulier, caput peccati, arma diaboli, expulsio piiradisi, mator deliclij coi'ruplio legis antiquae, veniebat ad Dominum Jesum,