‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 203 sur 347 · CHAPITRE YII · texte numérisé non relu

CHAPITRE YII

Des figures proprement dites.

Après avoir montré que l'ornement du discours consiste en partie dans les mots considérés séparément et chacun à part, et en

1 Vocale lamentatrices ut veniant; et ad eas quae sapientes sunt mitlite et propcrent, feslineut et assumant super nos lameutum. Jer., ix^ 17.

^ Nihil patiebaritur super contritioue Joseph. Amus, vi, 6.

3 De Doctrinâ christ., lib. IV, cap. Vli.

^ Non ergô regaet peccatum in vestro mortali corpove, ut obediatis concupiscentiis ejus. Rom., vi, 12.

5 Justificatur homo per fidem Jesu Christi. Gai., n, 16.

LIVRK V, CHAPITRE VII. 320

partie dans la liaison qu'ils ont entre eux , nous avons parlé des différentes manières de changer la signification propre des mots en une autre, appelées tropes, qui servent à la première partie de l'ornement oratoire; il s'agit maintenant de traiter de l'autre, qui se trouve dans les mots liés entre eux et qui consiste principalement dans les figures "proprement dites, dans la composition du style, et dans diverses manières de parler proportionnées à la dignité des choses qu'on veut exprimer ; c'est aussi ce que nous ferons dans la suite de ce livre, en commençant par les figures de mots, qui font la principale partie de l'élégance du discours. Aussi lisons-nous que Démosthènes ne disait presque rien, qu'il n'eût soin de l'orner de quelqu'une de ces figures , et Cicéron dit que c'est particulièrement par là que sou éloquence a paru si admirable.

Il faut donc expliquer, en général, ce que c'est qu'une figure dans le discours, et en montrer ensuite les différentes espèces, et pour cet effet en donner ici d'abord la définition et ensuite la division.

Quintilien observe que « le moi figure peut signifier deux choses^ différentes : 1" On peut le prendre en général pour toute espèce de / forme que puisse avoir une phrase ou une pensée ; 'gTerfce sens il n'y a aucune partie du discours qui ne soit figurée, comme il n'y a aucun corps qui n'ait quelque forme extérieure ; mais ce n'est pas en ce sens général qu'on emploie en rhétorique le terme de figure l^" Les rhéteurs se servent de ce terme pour désigner certaines expre:-sions , certains tours qui donnent aux pensées une forme et comme une figure particulière, d'où leur vient une beauté, une noblesse, une force qu'elles n'auraient pas, si elles n'étaient revêtues que de l'expression simple.) En effet, ce qui est exprimé avec simplicité présente seulement la pensée toute nue, pour ainsi dire, et sans aucun accessoire; mais les formes ou; figures dont nous parlonsMfembellissent, et/lui adonnent comme un vêtement) qui la fait remarquer ' . »

/Remarquez donc que fcomme^'jon peut ajuster/à un même corps

1 Quintil.j lib. IX, cap, i?i

330 RHÉTORIQUE ECCLÉSIASTIQl E.

plusieurs vêtements ■difTéronts,' les uns pour la grâce et la beauté, les autres pour l'air grave et majestueux,} ceux-ci pour le deuil et la tristesse, ceux-là pour une profession d'humilité et de sainteté, on peut aussi expliquer diversement, et revêtir en quelque sorte une même pensée de plusieurs formes ou figures différentes, qui servent à lui donner, les unes de l'ornement et de la grâce, les autres du(^poids|et de la majesté, d'autres de la(force)etde la|vivacitéj Or il est de Thabileté de l'orateur de savoir choisir la figure, et pour ainsi dire le vêtement qui convient le plus avantageusement à l'idée qu'il veut exprimer, ou au dessein qu'il s'est proposé. Donnons-en ici quelques exemples.

(^L'apôtre saint Paul pouvait exprimer d'une manière toute simple cette charité compatissante qu'il avait pour tous les fidèles. Il pouvait dire : « Si quelqu'un est faible ou affligé, je m'affaiblis et m'afflige avec lui; si quelqu'un est scandalisé, je brûle aussi. » .l\[ais il s'éloigne de cette expression simple et qui se présente la première, et la change par la figure de l'interrogation en cette autre plus vive et plus élégante :/« Qui est faible ou affligé sans que je m'aflaiblisselou que je m'afflige avec lui? Qui est scandalisé sans que je brûle ' ? » Il pouvait dire de même tout simplement : « Rien ne pourra jamais nous séparer de l'amour de Jésus-Christ ; » mais combien le dit-il plus vivement et avec plus de grâce par cette même figure de l'interrogation : « Qui donc nous séparera de l'amour de Jésus-Christ? sera-ce l'affliction, ou les déplaisirs, ou la persécution, ou la faim, ou la nudité, ou le fer et la violence -? » Dans la même É pitre, au lieu de se servir de cette manière de parler toute simple et ordinaire : « Les hommes ne peuvent invoquer le nom du Seigneur, s'ils ne croient pas en lui, ni croire en lui, s'ils n'en ont pas ouï parler, ni en entendre parler, si personne ne leur prêche,... » il la change en cette figure, sans comparaison plus éloquente et plus animée : « Comment invoquerontils le nom du Seigneur , s'ils ne croient pas en lui ? et comment

1 Quis iufirmatur, et ego non infirraor? Quis scandalizatur, el ego non uroi? Il Cor., XI, 29.

-Quis nos separabit à charitate Christi? tribulatio? an angustia? an famés? an nuditas? an pericuUim? an persecutio? an gladius? Rom., viii, 35. •

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