LIVRE Y, CHAPITRE VII
croiront-ils en lui, s'ils n'en ont point entendu parler? et comment en entendront-ils parler, si personne ne leur prêche? et comment les prédicateurs leur prêcheront-ils, s'ils ne sont envoyés *? »
On voit dans ce dernier exemple plusieurs figures d'élocution jointes ensemble; car il y a la répétition, l'interrogation, la gradation; et, de plus, chaque membre du discours y est composé d'un nombre de syllabes presque tout égal , ce qui est une figure appelée en grec isocolon.
Ainsi, au lieu que nous avons coutume de dire simplement : « L'envie est une secrète ennemie de la vertu , qui attaque et qui persécute d'ordinaire les gens de bien, » on peut exprimer plus vivement la même chose par une exclamation, en disant : « 0 envie ! maligne et secrète ennemie de la vertu , qui attaques et qui persécutes sans cesse les gens de bien ! »
On peut, ce me semble, comprendre aisément par ces exemples la définition et l'usage des figures. Pour venir maintenant à leur division et au détail de leurs différentes espèces, il faut d'abord en distinguer fdeux sortes, savoir : les figures de mot et les figures de pensée. Les premières consistent dans un juste et agréable arrangement des mots, et celles de pensée dans les choses mêmes.] Mais il y a encore cette différence entre elles , que les figures de mot se détruisent, si l'on change les paroles ou leur situation, et que celles de pensée demeurent toujours, en quelques termes qu'on les exprime, comme les exclamations, les interrogations, les souhaits, les supplications, les conjurations, les doutes, les descriptions même des choses et des personnes, c'est-à-dire, les manières de faire parler les personnes selon leur état et leurs différents caractères, appelées en latin sarmocinationes , comme aussi les sentences et les épiphonèmes, dont il a déjà été parlé, et beaucoup d'autres que l'on met au nombre des figures de pensée.
' Quomodô ergô invocabunt in quem non crediderunt? aut quomodô credent ei quem non audierunt? quomodô autem audient sine praedicante? quomodô verô praedicabunt nisi mittantur? Rom., x, 14.