‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 206 sur 347 · LIVRE V, CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE VIII

Ce même Père, expliquant cet endroit d'isaïe : « Un petit enfant nous est né, et un fils nous a été donné ', » le tourne élégamment en cette manière : « Un petit enfant nous est né, et un fils nous est donné. Celui qui était pour lui-même est né pour nous. Il nous est donné de Dieu, et il nous est né d'une vierge. Il est né pour commencer et finir sa course, donné sans commencement et sans fin. Né plus jeune que sa mère, donné aussi ancien que son père. Né pour souffrir la mort, donné pour être la source de. la vie. Ainsi celui qui était avant tous les temps, nous a été donné; et celui qui n'était point, nous est né. Là il domine glorieusement, ici il est dans les humiliations ; là il règne souverainement pour lui-même ; ici il est pour nous dans les combats et dans les souffrances -. »

Le même , parlant de la résurrection des corps : « La chair même, dit-il, aura part à l'honneur des récompenses, comme elle aura été éprouvée par les souffrances; elle jouira de la joie et des douceurs éternelles, comme elle aura triomphé dans les douleurs de cette vie mortelle ; et elle ne souffre patiemment d'être affligée que parce qu'elle croit fidèlement qu'elle sera réformée 3. » Qui ne voit la dispensation des nombres, et la proportion ou le rapport qu'ont entre eux ces divers genres de ressemblance, de difTérence et de contrariété dans l'arrangement de ces paroles? On voit dans tous ces exemples un discours plein et fini, qui se partage en divers membres, dont chacun a son nombre et sa cadence.

Comme saint Augustin a toujours fort aimé le langage figuré, nous rapporterons quelques exemples que saint Prosper a recueillis de ses ouvrages , et qui , outre l'éclaircissement qu'ils donneront pour l'usage des figures, ont encore cet avantage qu'on en tirera une instruction très-solide et très-édifiante.

* Parvulus natus est nobis, et filius datus est nobis. Is., ix, 6.

2 Natus est nobis, qui sibi erat ; datus est ergô ex divinitale, natus ex virgine. Natus qui sentiret occasum, datus qui nesciret exordiuin. Natus qui et matre esset junior, datus quo nec pater esset antiquior. Natus qui moreretur, datus ex quo vita nascei'etur. Ac sic qui erat, datus est; qui non erat, natus est. Iliic domiuatur, hic humiliatur. Sibi régnât, et nobis militât.

3 Ipsa caro boaorabitur prœmiis, quœ erit probata suppliciis. Ipsa in muueribus gaudiîbit œternis, quœ in doloribus triumphavit. Quœ ideô tolerabiiiter dolet se afflictaui, quia fideliter crédit reformaudaœ.

Premiet' exemple. « La loi nous a été donnée pour nous faire chercher la grâce, et la grâce nous a été accordée pour nous faire accomplir la loi, qui sans la grâce était impossible par le vice, non de la loi, mais de la prudence de la chair; et il fallait que ce vice, que la loi devait montrer^ fût guéri et réparé par la grâce '. »

2^ exemple. « Quand la divine bonté fait éclater sa colère sur nous en ce monde, c'est xjrinfipalement afm de nous épargner dans l'autre : Dieu par un effet de sa douceur et de sa miséricorde châtie les hommes dans le temps, afm de ne pas exercer sur eux la rigueur de sa vengeance dans l'éternité -. »

3^ exemple. « La vraie louange de celui qui parle, est que la bouche et le cœur n'aient en lui qu'une même voix ; mais dire bien et vivre mal , qu'est-ce autre chose que se condamner soimême par son propre témoignage ^7 »

4*= exemple. « Notre cœur, en servant Dieu, doit tendre à ce que Dieu soit lui-même la récompense du culte que nous lui rendons ; car qui rend un culte à Dieu afin de se procurer quelque autre bien que Dieu même , ce n'est point à Dieu qu'il rend un culte, mais à la chose qu'il désire obtenir ''. »

5^ exemple. « On ne doit point croire qu'une mort est mauvaise, lorsqu'elle a été précédée d'une bonne vie; car rien ne rend la mort mauvaise que ce qui suit la mort. Ainsi, dans la nécessité inévitable où nous sommes tous de mourir, nous ne devons pas nous mettre beaucoup en peine quelle sera l'occasion de notre mort, mais plutôt quel sera notre sort, et où nous irons après notre mort ^. »

1 Lex dala est ut gratia qnaererclur; pratia data est ut lex adimpleretur. Neque enim suo vitio non implehatur, sed vilio prndentiœ carnis. Quod vitium perlejïem demonstrandum, pergratiaiii fuitdananduin.De SyjïîîY. e////L, cap.xix.

- Divina honitas id»;6 maxime irascitur in hoc sœculo, ne irascatur in futuro, et misericordiler temporalem adhibet seveiitatein, ne œteniara juste inférât ultionem. — Remarquons que ces paroles ne sont pas de saint Augustin, mais de saint Prosper, in Ps. cil, 8. {Le trad.)

2 Vera est confessio benè dicentis, cùm idem sonus est cris et cordis. Benè aulem loqui et nnlè vivere, quid est aliud quàm suà se voce damnare? — Ces paroles se trouvent encore dans saint Prosper, in Ps. eu, 21. (/:/.)

* Hoc affectu et desiderio colendus est Deus, ut sui cultùs ipse sit merces. Nam qui Deum ideô colit, ut aliud magis quàm ipsum promereatur, non Deum colit, sed illud quod assequi concupiscit. Enarratio in Psalm. cxviii, 36.

5 Mala mors putanda non est, quam bona vita praecesserit. Non enim facit

Page 1