LIVRE V, CHAPITRE IX
ans, et il en fait le juge des vieillards, et des magistrats même ; il anime un pasteur de bestiaux, et il en fait un grand prophète; il anime un pauvre pêcheur, et il en fait le prince des apôtres de Jésus-Christ ; il anime un persécuteur, et il en fait l'apôtre et le docteur des nations ; enfin il anime un publicain , et il en fait un apôtre et un évangéhste. 0 merveilleuse opération de l'esprit de Dieu sur les hommes ' ! »
On voit dans ces exemples un même mot souvent répété au commencement des membres de phrases, et un autre à la fin. Mais ce qu'il faut remarquer à l'égard de la complexion, c'est qu'elle se fait plus ordinairement par l'interrogation ; et c'est aussi ce qui fait que le discours a non-seulement plus de grâce, mais encore plus de vivacité.
De la répétition en symétrie.
Cette figure consiste à placer les mots suivant un certain ordre dans le premier membre de la phrase, et à les faire reparaître suivant un autre ordre dans le second. Nous ne nous étendrons pas sur cette figure ; car il est rare qu'on doive l'employer dans les sermons, parce qu'elle montre une certaine affectation qui doit être bannie de la chaire évangélique. Il faut surtout l'éviter dans les endroits du discours qui demandent de la chaleur et du mouvement, parce que c'est là surtout qu'un air d'affectation nuit davantage à l'effet que se propose le prédicateur ^
1 Ecce apertis oculis fidei, David, Amos, Dauielem, Petrum, Paulum, Mattbseuni intueor, et sauctus iste spiritus qualis sit artifex cousiderare volo, sed in ipsà meâ consideratione deficio. Implet namque cythareedum puerum, et psalmistam facit; implet pastorem armentarium sycomores vellicantem, et prophetamfacit; implet abstinentem puerum, et judicem se.num facit; implet piscatorem, et praedicalorem facit; implet persecutorem, et doctorem gentium facit; implet publlcanum, et evangelistam facit. 0 qualis est arlifex iste spiritus ! Homil. xxXj in Evang.
2 Cette figure peut être employée utilemeut dans l'exposition d'une maxime qui se propose froidement, et elle fait ud bon effet quand le tour symétrique n'est que l'expression simple de la pensée En voici un exemple plein d'un grand sens. Le père Gerdil [Réfl, sur l'Muc), parmi les travers que produit
§IV
Du redoublemeut.
Cette figure consiste dans le redoublement d'un même mot ou d'une même pensée. D'un même mot, comme celui-ci defCicéron contre Catilina : « Vous vivez, et vous vivez non pour renoncer à votre audace, mais pour la soutenir ' . » \
Voici un exemple du redoublement d'iine même pensée : « Vous n'avez pas été touché ? lorsque votre mère prosternée à vos pieds vous les tenait embrassés, vous n'avez pas été touché -? » Cette sorte de redoublement émeut vivement l'auditeur ; c'est comme un dard qui étant lancé plusieurs fois dans une même partie du corps, y fait une plaie plus grande et plus profonde.
De la gradation.
La gradation, que quelques-uns mettent au nombre des figures de pensée, a cependant beaucoup d'analogie avec la répétition. Elle ^consiste à présenter une suitei d'idées, d'images ou de sentiments.^qui vont toujours en augmentant ou en diminuant":! H y a donc deux sortes de gradation, l'une ascendante et l'autre descendante. On voit l'une et l'autre à la fois dans les paroles suivantes deiCicéron contre Catilina : «Vous ne faites rien, vous ne projetez rien, vous n'imaginez rien, non-seulement que je ne l'entende, mais même que je ne le voie et que je ne le pénètre à fond ^.X» La gradation est descendante d'abord, et ensuite ascendante.
La figure de la gradation est fréquemment employée par les
l'opulence dans la vie et les mœurs des liommes; remarque « qu'il s'y trouve souvent beaucoup de sérieux dans les frivolités, et beaucoup de frivolité dans les affaires les plus sérieuses. »^Ge trait caractérise parfaitement les gens du monde, et il n'a rien d'affecté. (Le trad.) • Vivis, et vivis, non ad deponendam, sed ad confirmandam audaciam.
2 Commolus non es? cùm tibi mater pedes amplexaretur, commotus non es?
3 Nihil agis, uihil moliris, nihil cogitas, quod ego non modo non audiam, sed eliam non videam, plauèque sentiam. I Catil,