CHAPITRE XIII
Des figures de pensée, et de leur effet dans le discour;.
Les trois parties du prédicateur étant, comme dit saint Augustin, d'instruire, de plaire et de toucher, on peut dire que c'est par les figures de mot et de pensée, employées à propos, qu'il opère ces trois grands elîets.iXa transition, par exemple, qui sert particulièrement pour enseigner, expose en, peu de mots ce que l'on a déjà dit et ce que l'on doit dire encore^"; afin qu'il y ait de l'ordre et de la clarté dans le discours ; elle y apporte en même temps de . la force et de la vivacité, en cette manière : « Yous avez entendu des crimes très-énormes, vous allez en entendre de plus énormes encore ^ »
Parmi les figures il y en a qui ont pour but de plaire et d'attacher l'attention plutôt que d'instruire et de toucher. Telles sont les figures de mot, quoique plusieurs donnent beaucoup de force au discours, comme la répétition, le redoublement, l'interprétation, le synathrisme et les antithèses.
Pour ce qui est des figures de pensée^ elles ont peut-être moins d'effet pour plaire, mais elles en ont beaucoup pour instruire et éclairer, et pour toucher les esprits. Afin d'en parler avec plus d'ordre et plus de clarté, nous les diviserons en deux ordres, dont ; le premier)contiendra les figures de pensée qui sont les plus/propres à enseigner; et l'autre, celles qui servent davantage à toucher, quoiqu'à vrai dire elles contribuent la plupart à tous ces eifets ensemble. Ainsi les exemples et les comparaisons servent quelquefois à rendre les choses claires et intelligibles, quelquefois à orner le discours et à le rendre agréable, et quelquefois aussi à l'amphfier et à l'étendre; et c'est dans cette vue que nous les avons mis au nombre des manières d'amplifier. Les descriptions des choses et des personnes sont d'un grand secours, non-seulement pour toucher et pour faire de vives impressions dans les esprits,
1 Audistis aravissima. audietis "raviora.
ce qui est leur effet principal, mais quelquefois pour enseigner avec plus de clarté et pour se faire écouter avec plus de plaisir.
Premier ordre. Des figures de pensée les plus propres pour enseigner, et premièrement, de la définition.
On sait que la définition est du nombre des lieux et des sources d'où se tirent les preuves et les arguments ; mais elle a aussi son rang parmi les figures de pensée, parce qu'elle sert beaucoup, non- seulement pour l'évidence et la clarté, qui est son propre efïet, mais aussi pour l'ornement du discours. Elle consistelà renfermer dans une expression claire et vive, les qualités propres de la chose qu'on traite. Voici l'exemple qu'en donne Cicéron : « Si la majesté de l'État consiste dans la grandeur et la dignité, c'est se rendre coupable de lèse-majesté que de livrer une armée de la république aux ennemis '. «î On a raison de regarder comme fort commode et fort avantageuse cette sorte de figure, parce qu'elle propose et qu'elle explique brièvement et vivement, toute la force et toute la nature du sujet.
Cette manière courte et abrégée de définir les choses, (est tirée de la dialectique; mais il y en a une autre plus ample ') et plus étendue, qui regarde plus la rhétorique, et dont on se sert particulièrement pour la louange et pour le blâme : pour le blâme, comme quand saint Cyprien dit, parlant de Novatien : « Il suit plutôt les maximes cruelles d'une philosophie mondaine, que les mouvements doux et paisibles de la sagesse et de la doctrine de Notre-Seigneur. C'est un déserteur de l'Église, un ennemi de la miséricorde, un meurtrier de la pénitence, un docteur de l'orgueil, un corrupteur de la vérité, un destructeur de la charité -. » Dans un autre endroit, parlant de Donat : « C'est, dit ce Père, un homme
1 De orat., lib. II, n. 39,
2 Magis duras (est) saecularis philosophiae pravitate, quàm philosophiae dominicae lenitate pacificus : desertor ecclesiae, rnisericordife hostis, iuterfector pœnitentiae, doctor superbiae, veritatis corruplor, perditor charilatis. Epist. lvii, ad Cornet, pap. exul.