LIVRE V, CHAPITRE XIII, § III
De la réponse à soi-même.
La réponse à soi-même fen latin subjectio]^ qui est au rang des diverses formes d'arguments , comme en ayant la force , surtout
(^pour réfuter, est aussi mise au nombre des figures, parce qu'elle est d'un grand ornement dans le discours. On s'en sert souvent pour réfuter les objections qu'on pourrait faire contre ce que nous voulons persuader, en y opposant des raisons '\qui les détruisent
i:par de courtes réponses; c'est ce que fait saint Jérôme dans sa lettre à Iléliodore^où l'exhortant à embrasser la vie solitaire, il prévient les difficultés qui le pouvaient arrêter, eu cette manière :
/« Que craignez-vous dans la solitude? La pauvreté? mais Jésus- Christ n'a-t-il pas dit : Bienheureux sont les pauvres? Le travail? mais on ne couronne les athlètes qu'après qu'ils ont combattu jusqu'à se mettre tout en eau. Est-ce le soin de votre nourriture qui vous inquiète? mais la foi ne s'effraie pas de la faim. Craignezvous de coucher sur la dure, et de meurtrir votre corps après ravoir affaibli et desséché par une longue abstinence? mais vous vous endormirez dans le Seigneur.) Ne sauriez-vous souffrir une tête malpropre et des cheveux négligés? mais saint Paul nous apprend que Jésus-Christ est le chef de l'homme. La vaste étendue d'une affreuse solitude vous fait-elle peur? promenez-vous en esprit dans le paradis : dès que vous y aurez élevé vos pensées, vous ne serez plus dans le désert. Appréhendez-vous que, faute de prendre le bain, votre peau ne se ride et ne devienne trop rude? mais quand une fois on a été lavé en Jésus-Christ, on n'a plus besoin de se laver de nouveau. En un mot, écoutez ce que l'Apôtre répond à toutes vos difficultés : « Toutes les souffrances de la vie présente n'ont aucune proportion avec la gloire future qui nous est destinée '. »
* Paupertalem times? sed beatos Chrislus pauperes appellat. La?)Ore terreris"? at nemo athleta sine sudore coronatur. De cibo cogitis? sed fides famem non timet. Super nudam metuis bumum exesa jejuniis membra coliidere? sed Dominus tecum jacet. Squalidi captis borret inculta cœsaries? sed caput tuum Cbristus est. Inflnita eremi vastitas te terret? sed tu paradisum monte deam-
C'est par cette même ligure que saint Cyprien relève la gloire des bienheureux confesseurs de Jésus-Christ qui étaient condamnés aux mines : « Dans les mines, le corps ne se repose pas sur un lit délicieux ; mais Jésus-Christ y est son rafraîchissement et son repos. Les membres fatigués du travail n'ont point d'autre lit que la terre ; mais ce n'est pas une peine, puisqu'on y est couché avec Jésus-Christ. Ils sont couverts d'immondices; mais au lieu de bains qui nettoieraient les souillures du dehors , l'âme est nettoyée au dedans par les eaux spirituelles de la grâce. On n'y donne du pain qu'à très-petite mesure ; mais l'homme ne vit pas seulement de pain, il vit aussi de la parole de Dieu. Ou n'y a point d'habits pour se couvrir contre le froid ; mais celui qui a été revêtu de Jésus-Christ, a des habits suffisamment et pom' le besoin et pour l'ornement. On y a les cheveux en désordre ; mais puisque Jésus-Christ est le chef de l'homme, tout sied bien à celui que la confession du Seigneur rend illustre et vénérable. Toute celte difformité fait maintenant horreur aux païens ; mais de quelle splendeur ne sera-t-elle pas récompensée * ! »
§IV
De la distribution.
La distribution, que nous avons mise au nombre des figures de mot, approche assez de la division; mais il n'en est pas de même
bula : quotiescumque illud cogitalione conscenderis, loties in eremo non eris. Scabra sine balneis attrahitur cutis? sed qui in Christo semai lotus est, non illi necesse est ilerùm lavare. Et ut breviter ad cuncta audias Apostolum respondentem : Non siint, inquit, condiguee passiones bujus temporis ad futuram gloriam quœ revelabitur in nobis. Epist. \, alias 1 ad Heliod.
1 Non fovetur in nietallis lecLo et culcitris corpus; sed refrigerio et solatio Cbristi. Humi jacent fessa laboribus viscera; sed pœna non est cum Christo jacere. Squalent sine balneis niembra situ et sorde deformia; sed spirilabter intùs abluitur, quid foris carnaliter sordidatur. Panis illic exiguus ; at non in solo pane vivit bomo, sed in sermoue Dei. Matth. iv, 4. Vestis algentibus deest; sed qui Ghristuin induit, et vestitus abundanter et cultus est. Seniilonsi capilis capillus borrescit; sed cùm sit caput viri Christus, qualecumque caput illud deceat necesse est, quod ob Doiuini nomen insigne est. Oiunis ista deforraitas detestabiliâ et tetra gentilibus, quasi splendore pensabitur? Epist. Lxxvn, ad Nemes. et alios martyr.