‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 236 sur 347 · LIVRE V, CHAPITRE XIY, § VI · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE XIY, § VI

par où nous devons commencer, ainsi que l'a fait élégamment saint Cyprien par ces paroles : « Que dois-je faire ici, mes trèschers Frères? je ne sais à quoi me résoudre. Qae dirai-je ou de quelle manière parlerai-je ? il est plus besoin de larmes que de paroles^ pour exprimer notre douleur * »

§ Yi.

De la concession.

'T^ans la concession, l'orateur, semble accéder aux sentiments de ses auditeurs pour mieux leur inspirer les siens.j Ainsi, lorsque nous parlons à. des hommes passionnés pour l'honneur, pour les richesses, pour les divertissements et les plaisirs du siècle, nous leur accordons qu'il faut aimer l'honneur, mais l'honneur véritable et solide, et non l'honneur vain et trompeur; qu'il faut rechercher les richesses, non des richesses fragiles et périssables, mais celles qui dureront éternellement; qu'un homme sage doit avoir de l'ardeur pour les plaisirs, non pour les plaisirs impurs qui réduisent l'homme à la condition de la bête, mais pour les plaisirs chastes et spirituels, qui le rendent semblable aux anges.

C'est ainsi que^saint Eucher exhortait son peuple à l'amour de la véritable vie, par ces paroles : « Le plaisir qui nous attache aux choses présentes, vient de l'amour que nous avons pour la vie. Nous exhortons donc à la vie ceux qui aiment la vie.) C'est un vrai moyen de vous persuader, lorsqu'on ne demande de vous que ce que vous désirez. Or nous faisons envers vous la charge d'ambassadeurs de Jésus-Christ, pour vous procurer la vie que vous aimez :. au lieu que vous l'aimez courte et passagère, nous vous pressons et nous vous sollicitons de l'aimer éternelle. '; Mais comment l'aimer éternelle, si nous ne désirons pas que celle que nous aimons, soit la plus belle et la plus glorieuse? Que ce qui nous plaît étant très-court et très-borné, nous plaise donc davantage pouvant être éternel, et que ce qui nous est précieux ayant une

' Quitl hoc lûco faciam, dilectissimi fratres, fluctuans vario mentis eestu? quid aut quomodô dicam? Lacrymis inagis quàm verbis opus est. De Lapsis,

fin, nous le soit infiniment davantage pouvant être sans fin '. » Saint Cyprien se sert souvent de cette figure : Vous dites que vous êtes riche, et vous prétendez devoir vous servir des biens que Dieu vous a donnés. Servez-vous en donc, mais pour votre salut; servez-vous de vos richesses pour en faire des bonnes œuvres, et pour accomplir les commandements de Dieu et les leçons de Notre-Seigneur. Que les pauvres et les indigents sentent que vous êtes riche. Donnez à usure votre patrimoine à Dieu, et nourrissez-en Jésus-Christ. Acquérez des héritages, mais des héritages célestes, dont les fruits soient à couvert des injures des hommes et des saisons, et qui ne soient jamais sujets ni à la rouille, ni à la grêle, ni aux ardeurs de l'été, ni aux pluies de l'hiver '-. » Le même Père, dans un autre endroit, parlant de la disposition où doit être un chrétien à l'égard de la mort : « Que celui-là craigne de mourir, dit-il, qui n'ayant point été régénéré par l'eau et par l'esprit, est destiné aux flammes éternelles. Que celui-là craigne de mourir, qui n'est point marqué du signe de la croix et de la passion de Jésus-Christ, Que celui-là craigne de mourir, qui passera de cette première mort dans une seconde, qui ne sortira de la vie du siècle, que pour entrer dans les tourments éternels de l'enfer, et à qui il est avantageux que la vie soit longue, afin que ses supplices soient diflérés ^. »

f Cupiditas vilœ nos dcleclalioue rei prsesenlis iunexuit. Ergô anianles vitam borlainur ad vitam; vera ratio est pcrsuadendi, cùm id poscitur, ut iuipetremu3 à vobis qiiod concupiscilis.VPro vilà quam diligitis legatione apud vos fungimur, et hanCj qnarn omneê exiguam amatis, insiuuaoms ut amotis a-ternam^Quam quo paclo amemus, nescio, si non liauc qiiam nmaunis, esse quam speciosissimam cupimus. Itaque islud quod cùm arctum sit, placet, placeat magis si potest eue pprpetimiu; et quod apud nos pretium habet, cùm fiuem habeat, sit nobis suprà pretium, si potest esse sine fine.

■^ Locupletem te ejse dicis et divitem, et utendum putas iis, quœ possidere te Deus voluit : utere, sed ad res salulares; ulerc, sed ad bonas artes; utere, sed ad illa quœ Deus prsecipit, quœ Doniinus ostendit. Divitem te esse sentiant pauperes, locupletem te sentiant indigentes. Patrimoniuni tuum Deo fœnera, Christum ciba, Possessiones tibi, sed cœlestes magis compara, ubi i'ructus tuos juges ac perennes, et ab orani contractu injuriée sœcularis immunes, nec rubigo atlerat, nec grando cîedat, nec sol unit, nec pluvia corrumpat. De Habita virginum.

3 Mori plané timeat, sed qui ex aquà et spirilu non renatus, gebeunae ignibus maucipatur, Mori timeat, qui non Cbristi cruce et passioue ceusetur. Mori

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