IX
De l'irouie.
\ L'ironie est une figure par laquelle on fait entendre le contraire de ce qu'on dit.] Lorsqu'elle ne consiste qu'en peu de mots, ou dans un seul, ce n'est qu'un trope, dont on voit un exemple dans les paroles de Dieu même ; car, après avoir chassé Adam et Eve du paradis terrestre, il leur fit des habits de peau d'animal, dont il les revêtit, afin qu'ils se souvinssent qu'ayant été créés pour être semblables à Dieu par la sainteté de leur vie, ils s'étaient rendus semblables aux bêtes par leur péché ; et pour leur faire sentir cette vérité si humiliante et si propre à leur inspirer la douleur de leur désobéissance, il leur dit :; « Voilà Adam devenu comme l'un de nous ' . » \
Lorsque l'ironie est continuée et soutenue dans une longue suite de paroles, on la met au nombre des figures de pensée. Telle est celle-ci de saint Cyprien contre Florence Pupien, qui lui refusait la qualité d'évéque dans l'Église : « Si nous ne nous justifions pas devant vous, et si nous ne sommes pas absous par votre jugement, il faut compter déjà six ans que nos Frères n'ont point d'évéque, ni le peuple de prélat, ni le troupeau de pasteur, ni notre église de conducteur, ni Jésus-Christ de pontife, ni Dieu de grand-prêtre. Il faut que Pupien vienne au secours, qu'il prononce sa sentence, et qu'il ratifie le jugement de Dieu même et de Jésus-Christ. Sans cela ce grand nombre de fidèles, qui sont sortis de ce monde sous notre pontificat, sont morts sans espérance de paix et de salut ; tous ceux que nous avons baptisés n'ont point reçu la grâce du
' Ecce Adam quasi unus ex aobis factus est. Gen., \, 22.