XI
De la comparaison.
/Dans le genre démonstratif, nous comparons une personne avec une autre, soit pour louer, soit pour blâmer -,/ et cette sorte de comparaison peut être mise au rang des exemples. C'est ainsi que saint Grégoire de Nazianze, faisant l'éloge du grand saint Basile dans une de ses homélies, le compare aux hommes les plus illustres de l'Ancien et du Nouveau Testament, et fait voir qu'il a suivi leurs traces : « Comme il y a eu, dit-il, et dans l'ancienne Alliance et dans la nouvelle, beaucoup de grands hommes qui se sont signalés dans une haute piété, des législateurs, des généraux d'armée, des prophètes, des docteurs, des martyrs intrépides, comparons-leur notre illustre Basile, afin de juger plus évidemment par là quelle a été l'excellence de sa vertu et de sa piété. »
Il y a aussi une sorte de comparaison, qui se fait d'une chose avec une ou plusieurs autres. Comme si quelqu'un, voulant louer la science des saintes Ecritures, la comparaît aux sciences les plus importantes et les plus relevées. Dans chacune de ces comparaisons, il y a deux effets à considérer : car on rabaisse les avantages d'une partie et on élève ceux de l'autre, ou bien on exagère beaucoup les louanges de l'une, en sorte néanmoins qu'on lui préfère ou qu'on lui égale celle qu'on a entrepris de louer particulièrement; et lorsqu'il s'agit de blâmer, on expose de même avec une grande force les vices d'une partie, mais de sorte que l'autre qu'on blâme, paraisse aussi méchante et aussi détestable.
Ce qui est à observer ici, c'est que ce qu'on apporte ou ce qu'on emploie pour comparaison, soit constamment vrai et remarquable; comme si, parlant d'un bon prince, vous le compariez à TrajanT 5 ou à Antonin le Philosophe, ou si vous en compariez un méchant i à Néron ou à Caligula, ou un voluptueux à Sardanapale. 1
La comparaison sera encore beaucoup plus ample et plus abondante, si, pour louer ou pour blâmer quelque personne ou quelque chose, on la compare non-seulement avec une, mais avec plusieurs personnes ou plusieurs choses. C'est ainsi que saint Sidoine Apol-
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linairo compare Claiidien .Alaraert aux plus célèbres philosophes, aux plus grands des orateurs, et aux plus illustres des saints Pères : « Il pense, dit-il, comme Pythagore, il divise comme Socrate, il explique comme Platon, il lie et enveloppe comme Aristote, il flatte comme Eschine, il remue les passions comme Démosthènes, il conseille comme Caton, il persuade comme Cicéron... Et si nous voulons le comparer aux saints Pères, il instruit comme Jérôme, il réfute comme Lactance, il prouve comme Augustin, il s'élève comme Hilaire, il s'abaisse comme Chrysostome, il reprend comme Basile, il console comme Grégoire de Nazianze, il narre comme Eusèbe, il touche comme Eucher, il presse comme Paulin, il se soutient comme Ambroise K » Outre l'élégance de ces comparaisons multipliées, ce morceau est remarquable par la justesse et la précision avec laquelle saint Sidoine peint, d'un seul mot, le caractère de chacun des auteurs dont il parle.
De phis, si l'on veut inspirer de l'horreur pour quelque vice, par exemple pour la colère, comparez-la à l'ivresse , à la frénésie ; ou si l'on veut exhorter à fuir les langues médisantes, comparez-les aux pestiférés, ou aux exhalaisons mortelles de certains lacs, qui font mourir subitement ceux qui respirent l'air qui en est infecté.
La comparaison, aussi bien que l'exemple, est d'un très-grand poids. On s'en sert ou pour l'ornement du discours, ou pour la preuve, ou pour un plus grand éclaircissement du sujet, ou pour le mettre plus vivement devant les yeux.^^uis donc qu'on emploie la comparaison pour quatre fins, on l'exprime aussi en quatre manières : par contrariété, par négation, par parallèle et par brièveté.
La comparaison pour orner et embellir, se fait par contrariété,
* Sentit a[ Pythagoras, dividit ut Socrates, explicat ut Plato, implicat ut Aristoteles, ut Jischiiies blanditur, ut Demoslheues irascitur, suadet ut Cato,
persuadet ut Tullius Jam si ad sacrosaactos patres pro coœpnratione ve-
niatur, inslruit ut Hieronymus, destruit ut Lactantius, aslruit ut Auguslinus, attoilitur ut Hilarius, summiltitur ut Joannes (Chrysostomus), ut Basilius corrijiit, ut Gregorius (Nazianzeniis) cousolatur, ut Eusebius narrât, ut Eucherius sollicitât, ut Paulinus provocat, ut Ambrosius persévérât. Biblioih. max, Patrum, lom. VI, p. 1093, D. E.