LIVRE V, CHAPITRE XIV, S; XI
/ en cette manière : « Il n'en est pas de l'amitié comme d'une maison, ou d'un vaisseau, ou même d'un habit, qui nouvellement fait, \aut toujours mieux qu'un vieux qui a servi longtemps/: la fidélité d'un nouvel ami est encore douteuse et peu assurée ; mais celle d'un ancien est éprouvée comme l'or par la feu. »
Pour prouver, la comparaison se fait par négation, comme^ celle-ci : « Une terre^ quelque bonne qu'elle soit, ne produit quej des ronces et des épines, si elle n'est point cultivée; de même/ l'homme qui néglige de cultiver son esprit et son cœur, ne parviendra ni à la science ni à la vertu. » '
Pour donner plus de jour cà ce que l'on dit, elle s'exprime par brièveté, ainsi .qu'on va le voir : « Il n'en est pas dans l'amitié comme dans la course : il ne suffit pas d'atteindre le but, mais il ! faut le dépasser. » Par la même comparaison, on relève la con-, ; duite de l'homme généreux qui, après la mort de son ami, se charge du soin de ses enfants ;\car il ne faut que de laforceet delà vitesse à celui qui court dans la carrière pour pousser sa course jusqu'au bout, au lieu que dans un ami l'ardeur de la bienveillance doit être si grande, qu'elle s'étende au delà même de ce que son ami peut savoir.
Quand on veut mettre la chose comme sous les yeux de l'audi- ] teur, la comparaison se fait par un parallèle; exemple : « Si un joueur de harpe se présentait sur le théâtre, superbement vêtu d'une robe d'or^ avec un manteau de pourpre enrichi d'une bro- I derie de différentes couleurs, portant sur la tête une riche et brillante couronne, et tenant en sa main une harpe magnifique^ relevée d'un émail d'or et d'ivoire, et qu'outre cela il fût lui-même d'une beauté et d'une taille proportionnée à la dignité de son per- j sonnage; si, dis-je, après avoir, par cet éclat extérieur, excité ' l'attente de tout le peuple, il commençait, au milieu d'un profond silence, à faire entendre tout d'un coup des tons de voix aigres et rudes] avec des mouvements de corps indécents, il serait sifflé de tout le monde, avec d'autant plus de mépris et de dérision, qu'il aurait été richement paré et longtemps attendu. Ainsi lorsqu'un] homme est étabh dans un poste élevé, ou dans de grandes et | riches possessions, et que dans la plus grande affluence des dons l
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de la fortune et de la nature, il n'a ni vertu, ni science, il est rejeté de la société des gens de bien, comme un objet de dérision et de mépris. »
11 faut remarquer que l'objet dont nous tirons la comparaison, doit nous fournir des mots propres à en marquer la ressemblance avec l'objet auquel nous le comparons ; par exemple : « Comme les hirondelles se trouvent toujours près de nous durant les beaux jours du printemps et de l'été, et qu'aussitôt qu'elles sentent le froid de l'hiver, elles se retirent » Cette comparaison ainsi proposée, nous en tirons par métaphore des termes propres à marquer la ressemblance de la chose à laquelle nous l'appliquons, de cette manière : « Ainsi les faux amis sont assidus auprès de nous pendant les beaux jours de notre vie ; mais ils ne voient pas plutôt arriver l'hiver de notre fortune, qu'ils s'envolent tous et nous abandonnent. »
On trouvera facilement des comparaisons, si l'on a soin de considérer avec attention la nature et les propriétés des êtres animés ou inanimés, des bêtes sauvages ou apprivoisées qui se trouvent sur la terre, dans l'air et dans la mer, et les divers ouvrages et les différentes productions de la nature, de l'art et du hasard même : car il n'est pas nécessaire qu'une chose soit semblable en tout à une autre pour lui être comparée, il suffit qu'elle ait quelque rapport ou quelque ressemblance avec elle.
Il faut bien prendre garde de ne jamais tirer aucune comparaison des choses viles, basses ou impures, parce que le discours en serait souillé; ni des choses obscures, trop subtiles ou difficiles à entendre, parce qu'elles ne serviraient qu'à l'obscurcir et à l'embrouiller, et qu'ainsi la comparaison aurait un effet tout contraire à celui pour lequel on l'a inventée.
Quant à la manière de traiter les comparaisons, il en est comme des exemples que l'on étend ou que l'on abrège, tantôt plus et tantôt moins. On les exprime quelquefois par un seul mot ; comme : « Ne voyez-vous pas qu'il vous faut tourner les voiles '?..,| Cessez de laver une tuile ^. » En sorte que c'est alors une métaphore.
' Non intelligis tibi vertenda vêla?
* Desine lavare laterem.