LIVRE V, CHAPITRE XVII, § I
agrément, de même il est ému s'il aime ce que vous lui promettez, s'il craint le mal dont vous le menacez, s'il hait ce que vous reprenez, s'il va au-devant de ce que vous estimez, s'il s'afflige des maux dont vous gémissez, s'il est sensible à la joie où vous l'invitez, s'il a pitié de ceux dont vos paroles mettent les misères devant ses yeux, s'il fuit ceux dont vous faites craindre la fréquentation et le commerce : en un mot, si vous employez tout ce qu'une sublime éloquence a de plus fort pour agiter les cœurs des auditeurs, non pour leur apprendre ce qu'il faut qu'ils fassent, mais pour qu'ils pratiquent ce qu'ils savent déjà qu'ils devraient faire. Que s'ils ne le savent pas encore, il est certain qufil faut les instruire avant de les émouvoir; et peut-être qu'à la seule connaissance des choses, ils seront tellement émus, qu'il ne sera pas besoin d'avoir recours à de plus grands efforts d'éloquence pour les déterminer. Si néanmoins on voit qu'il en soit besoin , il ne faut pas y manquer. Or cette nécessité a lieu quand ils savent ce qu'il faut faire, et qu'ils ne le font pas; car les hommes peuvent faire ou ne pas faire ce qu'ils savent.^lVIais qui pourrait dire qu'ils sont obligés de faire ce qu'ils ne savent pas ? Ainsi il n'est pas toujours nécessaire d'émouvoir^ parce que cette nécessité ne subsiste plus quand l'instruction et le plaisir suffisent pour gagner l'auditeur. Voilà d'où vient que pour vaincre il faut émouvoir ; car il peut arriver qu'on soit instruit et qu'on soit touché, et que cependant on ne soit pas entièrement persuadé. Mais à quoi pourraient servir les deux premières choses , si la dernière vient à manquer • ? » Des trois devoirs de l'orateur chrétien , saint
1 Dixit ergô quidam eloqucus, et verum dixit, ità dicere debere eloquentem, ut doceat, ut delectet, ut fliictat. DiModè addidit : Docere necessitalis est, delectare suavitaiis, fleetere victoriiE. Horum trium quod primo loco positum est, hoc e&t, docendi neccssilas, in rébus est consiituta, quas dicimus; reliqua duo in modo, quo dicimus. Qui ergô dicit cùm docere vult, quandiù non intelliaitur, nondùm se existimet dixisse quod vult ei quem vult docere. Quia etsi dixit quod ipsp, inlelligit nondùm illi dixisse putandus est, à quo iutelleetus non est : si verô intellectus est, quocumque modo dixerit, dixit. Quod si etium delectare vult eurn, qui dicit, aut fleetere, non quocumque modo dixerit faciot. sed interest quomodo dicat ut faciat. Sicut est autem ut teueatur ad audienduni, delectandus auditor, ità flectendus, ut moveatur ad agendum. Et sicut delectalur si suaviter loquaris; ità flectilur si amet quod poUiceris, timeat quod
Augustin conclut qu'il y a trois genres d'élocution ou trois genres de style qui }' répondent. Puis il continue : « Que celui qui, tout en s'efïbrçant de persuader, ne néglige ni d'instruire, ni de plaire, ni de toucher, ait soin de prier, et qu'il fasse en sorte, comme nous l'avons déjà dit, qu'on l'écoute avec attention, avec plaisir et avec docilité. Quand il le fait comme il faut, quoique l'auditeur lui résiste et n'acquiesce point, il doit être toujours reconnu pour véritablement éloquent ; car c'est à ces trois choses qu'il semble que le maître de l'éloquence romaine a voulu rapporter ces trois autres, quand il a dit : .Celui-là sera éloquent qui parlera des petites choses simplement, des médiocres modérément, et des grandes avec grandeur, comme si, pour expliquer sa maxime, il eût dit, en y ajoutant les trois dispositions dont nous avons parlé : La véritable éloquence est de parler simplement des petites choses pour instruire, des choses médiocres modérément pour plaire, et de celles qui sont sublimes magnifiquement pour émouvoir et pour persuader ^ » j f
œinaris, oderit quod argui^, quod commeudas amplectatur, quod dolendum exagéras doleat, eùm quid lœlandiim prtedicas gaudeat, miseroatur eorum quos miseraudos aiite oculos dicendo constiluis, fngiat eos quos cavendos terrendo propouis, et quidquid aliud graudi eloqiientià ficri potest ad couunovendos animos auditorum, non quid agendum sit ut sciant, sed ut asant quod agenduin esse jam sciuut. Si autem adhuc nesciunt, priùs utique doceudi sunt quàm naovendi. Et fortasse rébus ipiis cognitis ità movebuntur, ut eos non opus sit majoribus eloquentiœ viribus jàm moveri. Quod tamen cùm opus est, faciendum est : lune autem opus est, quandô cùm scireut quid agendum sit, non agunt. Ac per hoc docere necessitatis est. Possunt enim homines et agere et non agere quùd sciunt. Quis autem dixerit eos agere debere quod nesciunt? Et ideô Hectare necessitatis non est, quia non semptr opus est, si tantùm docenti vel etiam delectanti consentit auditor. Ideô autem victoriae est flectore, quia fieri potest ut doceatur et delectetur, et non assentiatur. Quid autem ilia duo proderunt, si desit hoc tertium? De Doct. christ., lib. IV, cap. xii.
* Qui ergô nititur dicendo persuadere quod bouum est, nihii horum trium spernens, ut scilicet doceat, ut delectet, ut flectat, oret atque agat, ut quemadmodùm suprà diximus, iutelligenter, libenter obedienterque audiatur. Quod cùm apte et convenienter facit, non immérité eloqueus dici potest, etsi non eum sequatur auditoris asseusus. Ad hœc enim tria, id est, ut doceat, ut delectet, ut flectat, etiam tria illa videtur pertinere voluisse idem ipse Romani auclor eloquii, cùm itidem dixit : U igitur erit eloquens, qui poterit parva submissè, modica lemperatè, magna granditer dicere;: tanquam si adderet illa etiam tria, et sic explicaret unam eamdemque sententiam dicens : Is erit igitur