‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 261 sur 347 · CHAPITRE XYIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XYIIL

Daus quelles sortes de sujets on doit se servir des trois sortes de styles.

Comme toutes les espèces de styles ne conviennent pas à toute sorte de sujets, il est dans l'ordre que nous fassions maintenant connaître quelles sont les matières qui sont propres à chacune. Saint Augustin nous a heureusement épargné ce travail et cette recherche par le soin qu'il a eu de traiter à fond cette partie de la rhétorique, et de nous laisser d'excellents préceptes et des règles très-judicieuses sur l'usage de ces différents styles et sur la manière de les varier ; choses qu'il a fort bien expliquées par divers exemples tirés des Écritures saintes et des Pères des premiers siècles.

Ce saint docteur, après avoir rappelé la pensée de Cicéron : que celui-là est vraiment éloquent qui sait dire les petites choses d'un style simple pour instruire, les médiocres d'un style plus relevé pour plaire, et les grandes d'un style sublime, fort et véhément, pour toucher et émouvoir les esprits, continue ainsi. : « L'orateur profane peut faire entrer ces trois sortes de styles dans les discours du barreau ; mais cela ne peut avoir lieu dans les matières de la rehgion, dont nous traitons ici pour former l'orateur sacré. Car dans les sujets profanes, on dit parler des petites choses, quand il ne s'agit que des biens de la fortune ; parler de choses importantes, quand il y va de la vie ou de la mort des hommes ; et lorsqu'il n'est question de rien de tout cela, qu'on ne veut point porter le lecteur à l'action, mais seulement lui plaire, comme ces matières tiennent le milieu entre les autres, on donne le nom d'élocution moyenne ou tempérée au syle qui est employé pour en parler.

« Mais dans ce que nous avons à traiter et à dire au peuple, surtout quand nous parlons du haut de la chaire, comme (€ous devons le rapporter non à la vie du temps, mais à celle de l'^éternité. tout doit passer pour grand.) De sorte que tout ce que dit le prédicateur de la manière d'acquérir ou de perdre les biens de la fortune, n'est jamais petit ; car dans l'administration des plus petits

42fi RHÉTORIQUE ECCLÉSIASTIQUE.

biens il y a une justice à conserver qui n'est pas petite, suivant ce qu a dit le Sauveur : '« Celui qui est fidèle dans les petites choses l'est aussi dans les grandes '. «ÎCe qui est petit est petit; mais être fidèle dans ce qui est petit, c'est quelque chose de grand. La rondeur qui consiste en ce que toutes les Yigneé qui Vont du centre à la circonférence soientiégales, vest toujours la anème dans un petit cercle comme clans un grand, de même la justice dans ses plus petits ouvrages ne perd rien de sa grandeur. ")

« Cependant quoique l'orateur chrétien doive toujours dire de grandes choses, il ne doit pas toujours les dire avec la même grandeur. Il suffit de parler simplement quand il faut instruire, modérément quand il faut louer ou blâmer; mais quand il est question de faire agir et de vaincre ceux à qui nous parlons et qui résistent, alors il faut parler des grandes choses avec élévation et de la manière la plus propre à ébranler les cœurs et à les gagner, i Quelquefois, sur la même chose qui est grande, on parle d'un style commun si l'on enseigne, d'un style médiocre si on loue, et d'un style sublime s'il s'agit d'y tourner ou d'y ramener un cœur/ qui s'en éloigne et qui s'y oppose. Car qu'y a-t-il de plus grand que Dieu même? Faut-il pour cela ne rien dire de lui? Celui qui enseigne le mystère de l'adorable Trinité, doit le faire cependant d'un style facile et commun, afin qu'un mystère si difficile en luimême se puisse comprendre suivant la mesure de lumière qu'il plaît à Dieu de nous donner. Ce sont des enseignements et non des ornements qu'on cherche en pareille matière. Il n'y a rien là sur quoi il faille émouvoir l'auditeur pour le faire agir ; il ne faut que l'instruire.

« Quand on loue Dieu en lui-même ou dans ses ouvrages, quelle foule d'idées pour un style agréable et brillant naissent alors dans l'esprit de celui à qui il est permis de louer de toute l'étendue de son pouvoir un Dieu que personne ne peut louer dignement, et que tout être en sa manière loue néanmoins nécessairement !

« Mais si Dieu n'est point adoré, ou si l'on adore avec lui, ou au

' Oui fidelis est in niinimOj et in majori lidelis est. Luc, xvt, 10.

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