LIVRE V, CHAPITRE XVIIl
lieu de lui, quelque idole ou des démons, ou d'autres créatures, assurément on ne saurait trop s'élever dans son discours pour faire voir l'énormité de ce crime et pour en détourner les hommes.
« Pour rapporter quelque chose de clair, nous avons dans saint Paul un exemple du style simple et ordinaire, à l'endroit où il ^^^^9^^ parle ainsi : « Dites-moi, je vous prie, vous qui voulez être sous la loi, n'avez- vous point lu ce que dit la loi?jCar il est écrit qu'Abraham a eu deux fils, l'un de la servante, et l'autre de la femme libre ; mais celui qui naquit de la servante naquit selon la chair, et celui qui naquit de la femme libre naquit par la vertu de la promesse de Dieu. Tout ceci est ime allégorie, car ces deux femmes sont les deux alliances, dont la première, qui a été établie sur le mont Sinai, et qui n'engendre que des esclaves, est figurée par Agar ; car Sinai, montagne d'Arabie, représente la Jérusalem d'icibas qui est esclave avec ses enfants, au lieu que la Jérusalem d'en haut est vi'aiment libre, et c'est elle qui est notre mère '. » Voici encore quelque chose de pareil dans un autre endroit, où le même apôtre raisonne ainsi : « Mes frères, je me servirai de l'exemple d'une chose commune et très-ordinaire. Lorsqu'un homme a fait un testament autorisé par les lois, personne ne peut le casser ni y ajouter. Or les promesses de Dieu ont été faites à Abraham et à sa race. Le saint Livre ne dit pas : à ceux de sa race, comme s'il eût voulu en marquer plusieurs, mais à sa race, c'est-à-dire à un seul de sa race, qui est Jésus-Christ. Ce que je veux donc dire, c'est que Dieu ayant fait un testament confirmé par serment, la loi qui n'a été donnée que quatre cent trente ans après, n'a pu le rendre nul ni anéantir la promesse faite à Abraham ; car si c'est par la loi que l'héritage nous est donné, ce n'est donc plus par la pro-
1 Dicile milii, qui sub lege vultis esse^legem non legistis ? Scriplum est enim : Quoniam Abraham duos filios habuit, unum de ancillà, et unum de libéra : sed qm de ancillà, secuïdùm carnem natus est; qui aulem de libéra, per repromissionem : quae sunt per allegoriam dicta. Hœc enim sunt duo Testamenta; unum quidem in monte Siua, in servirtutem generans, quae est Agar. Sina enim mons est in Arabià, qui coujunclus est ei.. quae nunc est Jérusalem, et servit cum filiis suis. Illa autem quae sursùm est Jérusalem, libéra est, quse est mater nostra... Gai., iv, 21.
messe. Or c'est par la promesse que Dieu l'a donné à Abraham •. » Et parce que celui qui entendrait ce raisonnement pourrait dire : Pourquoi donc la loi a-t-elle été donnée, si l'héritage n'en vient pas? l'Apôtre se fait cette objection, et il dit comme par interrogation: « Pourquoi donc la loi a-t-elle été établie? » Puis il répond : « C'a été pour faire connaître les transgressions jusqu'à l'avénement de ce fils d'Abraham, auquel la promesse avait été faite ; et cette loi a été donnée par le ministère des anges et par l'entremise d'un médiateur. Mais il n'y a point de médiateur quand un seul agit ; or quand Dieu a fait la promesse, il était seul -. » Il y avait encore là à faire l'objection qu'il se propose : « La loi est-elle donc contre les promesses ? Nullement, » répond-il, et il en rend la raison en disant : « Car si la loi qui a été donnée avait pu donner la vie, on pourrait dire alors avec vérité que la justice s'obtiendrait par la loi. Mais l'Écriture (c'est-à-dire la loi écrite) a comme renfermé tous les hommes sous le péché, afin que ce que Dieu avait promis fut donné par la foi de Jésus-Christ à ceux qui croiraient
en lui »
' Dans les paroles suivantes, l'Apôtre se sert du style médiocre et modéré : « Ne reprenez pas les vieillards avec rudesse, mais avertissez -les comme vos pères, les jeunes hommes comme vos frères, les femmes âgées comme vos mères, les jeunes filles comme vos sœurs 3. » Et dans celles-ci : « Je vous conjure, mes frères,
1 FratreSj secundùm hominem dico : tamen hominis confirmatum testameatum nerno spernit, aut superordinat. AbrabiE dictae sunt promissiones et semiui ejuâ. Non dicit et seminibus, quasi in multis, sed quasi in uuo, et semini tuo, qui est Gbristus. Hoc autem dico, testameutum confirmatuui à Deo, quae post quadringentos et triginta annos facta est lex, non irritum facit ad evacuandam promissiouem. Nam si ex lege hœreditas, jam non ex promissione. Abrabae autem par repromissionem donavit Deus. Gai., m, 15.
- Quid igitur lex? Propter transgressiones posita est, douée vcniret semen cui proQiiserat, ordinata per angelos in manu mediatoris. Mediator autem uuus non e=tj Deus autem uuus est. Lex ergù adversùs promissa Dei? Absit. Si euim data esset lex, qute posset vivificare, verè ex lege esset justitia. Sed conclusit Scriplura omuia sub peccato, ut proniissio ex fide Jesu Ghristi daretur credentibus... Gai., m, 19.
3 Seniorem ne increpaveris, sed obsecra ut patrem, juvenes ut fralres, anus ut matresj juvenculas ut sorores. I Tim., \, 1.