LIVRE V, CHAPITRE XVIII
par la miséricorde de Dieu, que vous lui offriez vos corps comme une hostie vivante, sainte et agréable à ses yeux '. » Presque tout cet endroit, où il exhorte les fidèles, est d'un style doux et orné. Ce qu'il y a de plus beau, c'est qu'à chaque chose les propriétés naturelles se rencontrent et marchent avec grâce, accompagnées chacune de l'assortiment qui lui convient, comme on le verra dans ces paroles : « Ayant tous des dons différents, selon la grâce qui nous a été donnée, que celui qui a reçu le don de prophétie, en use selon la règle de la foi ; que celui qui est appelé à être ministre ecclésiastique, s'attache à son ministère ; que celui qui est chargé d'enseigner, instruise; que celui qui a pour fonction d'exhorter, prêche avec zèle ; que celui qui distribue des aumônes, le fasse avec simplicité; que celui qui a la conduite de ses frères, s'en acquitte avec vigilance ; que celui qui exerce les œuvres de miséricorde, le fasse avec joie; que la charité soit sans déguisement.. Ayez le mal en horreur, et attachez-vous fortement au bien. Que tous s'aiment d'une charité vraiment fraternelle. Prévenez-vous les uns les autres par des témoignages de déférence. Ne soyez point lâches dans votre devoir. Conservez- vous dans la ferveur de l'esprit. C'est le Seigneur que vous servez. Réjouissez -vous dans l'espérance des biens éternels. Soyez patients dans les maux, persévérants dans la prière, secourables dans les nécessités des saints; prompts à exercer l'hospitalité. Bénissez ceux qui vous persécutent ; bénissez-les et ne faites point d'imprécations contre eux. Réjouissez-vous avec ceux qui sont dans la joie, et pleurez avec ceux qui pleurent. Tenez-vous tous unis dans les mêmes sentiments. » Mais avec quelle beauté ce torrent de paroles s'arrête et se termine par ces deux excellents avis : « N'aspirez point à ce qui est élevé ; mais accommodez-vous à ce qu'il y a de plus bas '-. » H
1 Obsecro itaque vos fratres per misericordiam Dei, ut exhibeatis corpora vestra bosliam vivam, sanctam, Deo placentem. Rom., j.ii, 1.
2 Habentes donationes secundùm gratiam quae data est nobis différentes; sive propbetiam, secuudùm ration em fidei: si%'e ministerium in ministrando; sive qui docet in doctrinâ ; qui exhoitatur in exhortando ; qui tribuit in simplicitate; qui jiraeest in sollicitudine; qui miseretur in hilaritate. Dilectio sine simulatione ; odientes nialum; adheereutes bono : cbahtate fratemilatis invicem diligentes, honore invicem praevcnientes, sollicitudine non pigri, spiritu ferventes.
dit encore un peu après : « Occupez-vous à remplir tous vos devoirs ; rendez à chacun ce qui lui est dû, le tribut à qui vous devez le tribut , les impôts à qui vous devez les impôts, la crainte à qui vous devez la crainte, l'honneur à qui vous devez l'honneur'. » Toutes ces choses, qui ont été dites par autant d'incidentes, se terminent par une période qui réunit deux petits membres ainsi : « Faites en sorte de ne devoir rien à personne, si ce n'est l'amour qu'on se doit toujours les uns aux autres ^.... »
M Quant au style relevé, il diffère du style orné et tempéré en ce qu'il est moins accompagné de délicatesses et d'agréments, mais qu'il est plus fort et plus véhément par les mouvements de l'âme. Ce n'est pas qu'il ne soit susceptible d'ornements, mais quand il ne les a pas, il ne les emprunte point. Car de sa propre force il se soutient et s'élève ; et si les ornements se présentent, il les saisit plutôt par la grandeur du sujet que par le besoin et le désir de s'embellir. Par cela seul qu'il s'occupe principalement de son objet, les termes sont moins choisis par les subtilités du langage, que placés d'eux-mêmes suivant les mouvements dont le cœur est animé. Qu'un homme courageux ait une épée enrichie d'or et de pierreries, il n'est attentif qu'à se battre. Il en fait ce qu'il en veut faire, non parce qu'elle est précieuse, mais parce qu'elle est une épée. 11 est toujours le même, et n'en a pas moins de courage quand il n'est armé que de sa seule valeur, et que sa colère lui fait prendre pour armes tout ce qu'il trouve.
|« Saint Paul traite de la patience avec laquelle tous les maux de cette vie doivent être soufferts dans le ministère évangélique, en vue des consolations et des grâces que Dieu y attache.(Ce sujet est grand. Il le traite aussi d'une manière sublime, et les ornements
Domino sorvientes, spe gaudcntes, iu Irlbulalionc patientes, oratioui instantes, necessilatibus sanctorum comnaunicaates, hospitalitatem sectantes. Benedicite persequentibus vos, benedicite et nolite maledicere. Gaudere cum gaudenlibus,
flere cum flenlibus : idipsiim invicem sentientes. Nou alla sapientes, sed
humilibus consentientes. Rom., xii, 6.
' In hoc ipsum servientes. Reddite orgù omnibus débita; cui tributum, tributum; cui vectigal, vectigal; cui timorem, limorem; cui bonorem, bonorem. Rom. y XIII, C, 7.
2 Nemini qiiidquam debeatis, nisi ut iavicera diligatis. Jliid., 8.