‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 265 sur 347 · LIVRE V, CHAPITRE XVTIT · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE XVTIT

« Dans VÉpître aux Galates^ quoiqu'elle soit entièrement écrite dans le style commun, à la réserve de la fin dont le style est orné, l'Apôtre insère un endroit qui, dans une certaine disposition d'esprit qui l'agite, et quoique sans aucun des ornements semblables à ceux que nous venons de rapporter, doit être rangé dans le style élevé : « Vous observez, dit-il, comme les Juifs, les jours et les mois, les saisons et les années. J'appréhende pour vous que je n'aie travaillé en vain parmi vous. Soyez envers moi comme je suis envers vous, je vous en prie, mes frères. Vous ne m'avez jamais offensé en aucune chose. Vous savez que lorsque je vous ai annoncé autrefois l'Évangile, c'a été parmi les persécutions et les afflictions de la chair, et que vous ne m'avez point méprisé ni rejeté à cause de ces épreuves que je souffrais dans ma chair ; mais vous m'avez reçu comme un ange de Dieu, comme Jésus-Christ même. Où est donc le temps auquel vous vous estimiez si heureux de m'avoir avec vous ? car je puis vous rendre ce témoignage que vous étiez prêts alors, s'il eût été possible, à vous arracher les yeux pour me les donner. Suis-je donc devenu votre ennemi, parce que je vous ai dit la vérité? Ils s'attachent fortement à vous; mais ce n'est pas d'une bonne affection, puisqu'ils veulent vous séparer de nous, afin que vous vous attachiez fortement à eux. Il est bon de s'attacher aux personnes, quand c'est pour le bien, et de les aimer en tout temps et de ne m'aimer pas seulement quand je suis présent parmi vous. Mes petits enfants, pour qui je sens de nouveau les douleurs de l'enfantement jusqu'à ce que Jésus-Christ soit formé dans vous, je voudrais maintenant être avec vous pour diversifier mes paroles selon vos besoins; car je suis en peine comment je dois vous parler '. » On ne trouve dans ce passage ni antithèses habilement ménagées, ni gradations bien suivies, ni périodes

1 Dies observatis et meuses, et tempora, et annos. Timeo vos ne forte sine causa aboraverim in vobis. Estote sicut ego, quia et ego ticut vos : fratres, obsecro vos, nihil me Ised^istis. Scilis autem quia per inflrmitatem carnis evangelizavi vobis jàm pridem, teutationem vestram in carne meà non sprevislis, neque respuistis; sed sicut augeluni Dei exeepislis me, sicuL Gliristuna Jesum. Ubi est ergô béatitude vestra?Testimonium enim perbibeo vobis, quiasifieri poss'.t, oculos vestros eruissetis, et dedissetis miiii. Ergo inimicus vobis factus suni verum pvaedicaus? .Emulautur vos non beuè, seJ excludere vos voiuni, ut ilîos

mesurées et cadencées avec art ; cependant on sent la vive ardeur dont ce langage est animé, et quoique dépouillé de ces ornements frivoles, il n'en est pas pour cela plus languissant.

» Mais si tous ces passages de l'Apôtre renferment des expressions claires, ils n'en sont pas moins profonds; et de la manière dont ils sont écrits, pour les retenir dans la mémoire, il ne suffit pas de les lire et de les entendre ; mais, supposé qu'on ne se contente pas de les connaître superficiellement, et qu'on veuille les approfondir, il est encore besoin d'un interprète pour les expliquer. Examinons-donc ces différents genres de style dans ceux qui, par la lecture de ces auteurs sacrés, ont fait de grands progrès dans la science des choses divines.

« Saint Cyprien emploie le style simple dans le livre où il traite du Sacrement du calice; car il y résout la question de savoir si le calice du Seigneur doit contenir de l'eau pure ou mêlée de vin. Mais il faut en tirer quelque chose pour exemple. Après les premières paroles de VEpître^ commençant à résoudre la question proposée : Sachez, dit-il, que nous sommes avertis d'observer dans l'offrande du calice la tradition du Seigneur, et que rien ne doit être fait par nous que ce que le Seigneur a fait le premier pour nous, savoir, que le calice qui s'offre en mémoire de lui, s'offre avec de l'eau mêlée de vin; car Jésus-Chrisl disant : « Je suis la véritable vigne, » le sang de Jésus-Christ n'est pas certainement de l'eau, mais du vin ; et le sang par lequel il nous a rachetés et vivifiés ne peut paraître dans le calice, quand dans ce calice il n'y a point de vin qui puisse montrer le sang de Jésus-Christ, qui nous est annoncé par le mystère et le témoignage de toutes les Ecritures. Aussi nous voyons dans la Genèse la même chose prédite mystérieusement en la personne de Noé, et une figure bien expresse de la passion de Notre-Seigneur. Il est dit que Aoé but du vin, qu'il s'enivra, qu'il parut nu dans sa tente, qu'il s'endormit ainsi, que cette nudité fut aperçue par son second fils, et que ses deux autres

aemulemini. Bonum aulera Eemukmiui in bono seinper, et uon taDcùra cùm praesens sum apud vos, filioli mei, quos iterùm parturio douée formetiir Chris- Ins iu vûbis. Vellein autem esse apud vos modo, et mutare vocem tueam, quoniam coufundor in vobis. Gai., u, 10,

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