LIVRE V, CHAPITRE XVIII
eût roug-i de ne pas secourir, et qu'elle aurait eu honte de négliger. Rien de rude ni de méprisant dans les regards, rien d'aigre dans les paroles, rien de hardi dans les actions, rien d'indolent dans les gestes, rien de trop hbre dans la démarche, rien d'impétueux dans la voix : de manière que la beauté du dehors était une image fidèle de la bonté de son cœur. Dès le vestibule d'une maison bien bâtie, on juge de tout l'édifiée, et l'on connaît qu'il n'y a rien d'obscur, de même qu'une lumière enfermée ne laisse pas d'éclairer au dehors. Que dirai-je encore de sa sobriété pour se nourrir, et de ses soins pour servir le prochain? Elle allait pour lui au delà des forces de la nature; et pour elle, à peine allait-elle jusqu'à ses besoins. Pas un moment de son temps n'était vide de la charité, pas un de ses jours n'échappait au jeune; et si quelquefois sa tempérance était obligée de céder au besoin de la nourriture, le premier aliment offert lui suffisait, et elle le prenait plutôt pour fermer le passage à la mort que pour l'ouvrir au plaisir '... »
« J'ai cité cet endroit pour exemple du style orné, particulièrement parce qu'il ne s'agit point là d'exhorter au vœu de virginité celles qui ne l'ont pas encore fait, mais des qualités que doivent avoir celles qui s'y sont déjà consacrées; car pour faire entrer
1 Virgo erat, non soKnn corpore, sed etiain meute, qute nullo doli ambitii sincerum adulteravet atl'ectum, corda humilis, verbis gravis, auimi prudens, loquendi parcior, legeudi slndiosior, non in incerto divitiannu, sed in prece pauperis spem reponens, intenta operi, verecuada sermoni; arbitrura mentis solila non hominem, sed Deum quaerere; nullum lœdere, beuè velle omnibus, adsurgere majoribus uatii, fequalibus non iuvidere, fugere jactanliam,ratiouem sequi, amare virtutem. Qaaudô ista vel vuUu Itesit parentes? quandô dissensit à propinquis? quando fastidivit humilem? quandô risit debilem? quandô vitavit inopora? Eos solos solita cœtus virorum invisere, quos misericordia non erubesceret, neqoe prteteriret verecuudia. Nihil torvum in oculis, nihil in verbis procax, nihil in actu inverecundum; non gestus fractior, non incessus solutior, non vox: petulautior, ut ipsa corporis species simulacrum fuerit mentis, et figura probitatis. Bona quippe domus in ipso vestibulo débet agnosci, ac primo prseteudat ingressu, nihil iutùs latere tenebrarum, tanquàm lucernae lux intùs posita, foris luceat. Quid ego exsequar ciboriim parcimoniam, ofBciorum reduudanliam, allerum ultra naturam superfuisse, allerum ipsi naturse penè dcfuisse ? IHic nulla intormissa tempora, hic oongeminati jejunio dies; et si quandô reficiendi snccessisset voluntas, cibus plerumque obvius qui mortem aicerct, non delicias ministraret... De Virg., lih, I,
l'esprit dans une aussi courageuse résolution, il doit y être excité et animé par l'éloquence la plus sublime. Dans -ces deux exemples que nous venons de rapporter, le mart}'r saint Cyprien parle seulement de l'état des vierges, et n'a point en vue d'exhorter à l'embrasser; mais pour l'évèque Ambroise, il les exhorte par la force de son éloquence à entrer dans une si belle carrière.
« Je rapporterai maintenant des passages de ces deux grands hommes, pour donner des exemples du style relevé et sublime. Ils ont écrit avec véhémence contre les femmes qui, par artifice, veulent donner de l'éclat à leur teint, ou, pour mieux dire, le lui ôter ; et voici ce que dit saint Cyprien :
« Si un savant peintre, par des couleurs assez hardies pour disputer avec la vivacité de la nature, avait représenté la beauté du visage et la taille avantageuse de quelque personne, et qu'après avoir achevé et perfectionné son ouvrage, un autre se croyant plus habile y portât la main pour le surcharger de nouvelles couleurs, l'outrage fait au premier maître semblerait insupportable, et son indignation très-juste. Yous pensez donc pouvoir cacher impunément l'excès d'une témérité si monstrueuse et l'injure faite au céleste ouvrier! Quand même vous ne seriez pas impudique devant les hommes, ni déshonorée par ces couleurs, qui sont pourtant et les interprètes et les amorces de la lubricité, aux yeux de Dieu dont vous avez profané et violé tous les dons, vous paraissez plus coupable qu'une adultère. Ce que vous prenez pour une parure, ce que vous regardez comme un ornement, c'est une insulte au divin ouvrage, c'est une apostasie de la vérité. La voix de l'Apôtre vous avertit et vous dit : « Purifiez-vous du vieux levain, afin que vous soyez une pâte nouvelle et toute pure, comme vous devez être purs ; car Jésus-Christ, notre agneau pascal, a été immolé pour nous. C'est pourquoi, célébrons cette fête, non avec le vieux levain, ni avec le levain de la malice et de la corruption d'esprit, mais avec les pains sans levain de la sincérité et de la vérité. » Quand vous corrompez la pureté de votre visage par des couleurs étrangères, et que vous ensevelissez la vérité sous le mensonge, vous flattez-vous que la vérité et la sincérité puissent subsister ? Le Seigneur a dit : « Yous ne pouvez rendre un de vos cheveux blanc