LIVRE V, CHAPITRE XVIII
OU noir ; » et vous, pour contredire cet arrêt irrévocable du Souverain, vous prétendez par de téméraires efforts vous rendre plus belle que vous n êtes, et par un sacrilège mépris de sa parole, vous osez peindre vos cheveux qui deviennent un funeste présage de la chevelure ardente et enflammée que vous aurez un jour ' » 11
serait trop long de rapporter la suite.
« Voici ce que dit saint Ambroise sur un pareil sujet : « C'est là ce qui donne naissance à tous les vices : de manière que ces femmes, dans la crainte de déplaire à leurs maris, ont recours aux artifices et aux couleurs pour se peindre le visage, et préparent dans l'altération de leur teint celle de leur chasteté. Quel excès de folie d'employer l'art à défigurer la nature, et dans le même temps que l'on craint pour sa beauté le jugement désavantageux d'un mari, de témoigner soi-même publiquement qu'on s'en défie; car celle qui veut changer ce qu'elle est naturellement, est la première à prononcer contre elle-même. Ainsi elle ne prend tant de soin pour plaire aux autres que parce qu'elle se déplaît à elle-même. Quel juge moins suspect chercherions-nous de votre laideur que vous-même, qui craignez si fort qu'on vous voie? Si vous êtes belle, pourquoi vous cacliez-vous? Si vous ne l'êtes pas, pourquoi voulez-vous feindre de l'être, puisque vous n'aurez le plaisir ni d'ignorer ce que vous êtes, ni de vous consoler par l'erreur d'au-
* Si quis pingendi arlifex vultum alicujus et speciem^ et corporis qualitatem aemulo colore signasset; et signato jàra coasuinmatoque sioiulacro, mauus alius inferret, ut jàm formata, jàm picta quasi peritior reforraaret . gravis prions artiBcis iajuria et justa indignatio vidcretur. Tu te existimas itupuQè laturam tuaiu improbœ temeritalis audaciam , Dei artificis offensam! Ut enim impudica circa hcmines, et incesla fucis leuocinautibus non sis, corruptis violatisque quae Dei suut, pejor adultéra detineris. Quôd ornari le putas, quôd pulas comi, impugnatio est ista divin! operis, praevancatio est veritatis. Moneotis Apostoli vox est : « Expurgate vêtus ferincutunij ut sitis nova conspersio, sicut •■■stis azymi. Etcnitn pascha nostrum immolatus est Christus. Itaque epulemur, non in fermento vcteri, neque in fermente malitiae et nequitiae, scd in azymis îinceritatis et veritalis (I Co)\, v, 7). » Nùm sincnritas persévérât et veritas, quandô qu;e sincera sunt polluuntur, coloruiu adulteriis, et medicamiuum fucis in mendacium vera mutanlur? Domiuus luus dicit : « Non potes facere capillam unum album aut nigrum {Matth., v, 36); » et tu ad viucendam Domini lui vocem vis te esse poliorem. Audaci couatu et sacrilego contemptu criues tuos inficis, malo prœsagio futurorum capillos jàm tibi flammeos auspicaris. De Habiiu tirginum.
trui? car votre mari, bien loin de s'y tromper, en aime une autre que vous. Vous tâchez à votre tour de plaire à un autre qu'à lui, et vous vous irritez cependant de ce qu'il est infidèle, vous qui lui donnez des leçons d'infidélité. Pouvez-vous être si peu habile que de lui apprendre à vous mépriser, et que de servir à ses passions? Jamais femme n'aima un tel emploi^ pas même celle qui souffre volontiers qu'on l'exerce pour elle, et quelque abandonnée qu'elle soit, elle ne fait pourtant pas le crime pour le plaisir d'autrui, mais pour le sien. Il semble même que dans l'adultère les fautes soient en quelque façon plus supportables; car, si dans ce vice on corrompt la pureté, dans celui de se farder on corrompt la nature même ' »
« Il paraît assez, ce me semble, que par ce torrent d'élo(juence les femmes sont fortement excitées à la pudeur et à la crainte, et à ne point se parer de charmes imposteurs. C'est par là que ce genre d'éloquence n'est ni simple ni seulement orné, mais que nous y découvrons tant de sublimité et de grandeur.
« Telles sont les éloquentes exhortations que saint Ambroise et saint Cyprien font aux femmes chrétiennes. Le style dont ils se servent n'est pas seulement simple et orné, mais grand et sublime.
« Dans ces deux docteurs que j'ai voulu proposer pour exemple, et dans les autres auteurs ecclésiastiques qui ont si bien traité des choses divines, et qui en ont parlé clairement, agréablement et \ivement, selon que le sujet le demandait, ces trois genres d'éloquence peuvent se remarquer dans la plupart de leurs écrits ; et
' Hiuc illa nascuntur incentiva vitioriirn, ut queesitis coloribus ora depingant, diiiii viris displicere forraidant, et de adiiUcrio vullûs nicditeiitiir adulterium castitatis. Qannta hœc amentia, eiTisiem mutare naturae, picluram qucerere : et duni verenlur marilale judiciura, prodeie suiim"? Prior euim de se pronuutiat, qiia; cnpit mutare quod nata est : ità dùm alii studet placere, priùs ipsa sibi displicet. Qaem judi.cem, mulier, veriorem requiremus deformitatis tnae, quàm leiiisam, quée videri tiaies? Si pulchra es, cur absconderis? Si deformis, cur te formosam esse menliris, uec tuae cooscientise, nec alieni gratiam erroris liabitura? nie eniin alteram di'iigit, tu alteri vis placere : et irasceris si aiuct alteram qui adulterare in te docetur. Mala aiagistra es iujuriœ tuse. Lenociuari enim refugit, etiain quae est passa lenonem : ac licèt vilis mulier, non alteri tamen, sed sibi peccat. Tolerabiliora propemodùm in adulterio crimina suut : ibi enim pudicilia, hic uatura adulteratur. De Virg., lib. III.