LIVRE V, CHAPITRE XIX
grands et les princes du peuple d'Israël : « Malheur à vous qui vivez à Sion dans l'abondance de toutes choses, et qui mettez votre confiance en la montagne de Samarie, grands qui êtes les chefs des peuples, qui entrez avec une pompe fastueuse dans les assemblées d'Israël '. » Saint Augustin admire l'éloquente sublimité de cet endroit, et en fait remarquer les divers ornements, qu'il explique à fond dans son quatrième livre de la Doctrine chrétienne.
Les exemples que nous avons donnés pour mieux faire entendre cette matière, regardent particulièrement les moyens d'exciter les \ mouvements d'indignation. C'est un genre d'amplitication où domine principalement la figure appelée par les Grecs clynose, dont nous parlerons dans le chapitre suivant. Toutefois que ces exemples ne donnent lieu à personne de croire que ce genre d'éloquence n'est propre qu'à exciter cette passion; car tout ce qui est capable d'inspirer une très-grande joie, et aussi tout ce qui est profondément triste, affligeant et déplorable, doivent être traités de ce \ style. J
Le très-éloquent saint Cyprien nous fournit des exemples de l'un et de l'autre dans son livre de Ceux qui sont tombés pendant la persécution^ où il traite au commencement le sujet d'une grande joie; car il exhorte tous les lldèles à se réjouir avec l'Église de la gloire des illustres confesseurs qui avaient signalé leur courage et leur fermeté en soutenant glorieusement la foi de Jésus-Christ devant les juges; et ensuite il déplore la perte et l'inconstance malheureuse de ceux qui par la crainte des tourmons avaient abandonné la foi : (i Enfin, mes très-chers frères, dit-il, la paix a été rendue à l'Église, et ce qui paraissait naguère difficile aux incrédules et impossible aux apostats, Dieu l'a fait par sa puissance souveraine. Nous commençons à reprendre nos esprits, l'orage est passé, et le calme a succédé à la tempête. Louons-en Dieu, et remercions-le d'une faveur si signalée, quoique nous n'ayons cessé de célébrer ses louanges au plus fort de la persécution ; car l'ennemi n'est pas assez puissant pour faire que ceux qui aiment
* Vee vobis qui opulenli eslis in Siou, et confiditis iu moDle Samariœ, oplitnates capita populorum, ingredieutes pompalicè domuai Israël. Amos, \i, 1. TOM. XIX. 2!)
4o0 RHÉTORIQUE ECCLÉSIASTIQUE.
le Seigneur de tout leur cœur, ne le louent et ne le bénissent pas en tout temps. Ce jour tant désiré de tout le monde est venu, et après les horribles et affreuses ténèbres d'une longue nuit, Dieu a fait paraître les rayons favorables de sa bonté. Nous contemplons maintenant avec plaisir ces confesseurs glorieux que leur foi et leur courage ont rendus illustres, et nous ne saurions nous lasser de les embrasser. Voici la troupe éclatante des soldats de Jésus-Christ, qui ont rompu par leur fermeté les plus violents efforts de la persécution, et qui étaient prêts à souffrir toutes les rigueurs de la prison et de la mort. Yous avez généreusement résisté au siècle, braves athlètes de Jésus-Christ; vous avez donné à Dieu un spectacle magnifique et un grand exemple à tous les chrétiens. Votre voix a fidèlement confessé Jésus-Christ, et ne s'est point démentie depuis qu'elle a une fois fait profession de croire en lui. Vos nobles mains, qui ne s'occupaient qu'à des œuvres saintes et divines, ont rejeté courageusement des sacrifices impies; votre bouche sanctifiée par des mets célestes, après avoir reçu le corps et le sang du Seigneur, a eu horreur de se souiller de viandes offertes aux idoles ; votre tète n'a point été couverte de ce voile profané dont on couvrait les têtes captives de ceux qu'on obligeait de sacrifier aux fausses divinités; un front consacré par le signe de la croix n'a pu souffrir la couronne du démon, et s'est réservé pour celle du Seigneur, Avec quels transports de joie l'Église votre mère ne vous reçoit-elle pas maintenant dans son sein au retour du combat? Avez quel contentement et quelle allégresse ne vous ouvret-elle point ses portes, afin que vous entriez en troupes, chargés des dépouilles de l'ennemi terrassé 1 Les femmes mêmes ont part au triomphe des hommes, elles ont vaincu le monde en vainquant leur sexe. Les vierges l'accompagnent aussi ornées de l'honneur d'une double victoire, avec les enfants qui ont surmonté par leur courage la faiblesse de leur âge ; ensuite vient la troupe de ceux qui sont demeurés debout, et qui vous suivent de près dans la gloire de votre triomphe. Ils ont la même fidélité que vous, et le même attachement à la foi. Appuyés sur les fondements inébranlables des divins préceptes et des lois de l'Évangile^, ils ont regardé sans effroi les bannissements, la perte de leurs biens et les supplices