LIVRE V, CHAPITRE XX, § II. 4d
un beau jour tout ce qu elles cachent et renferment. "iC'est ce que nous avons dit être le propre de l'ornement, lorsque nous avons expliqué les cinq parties principales du raisonnement oratoire, dont la quatrième est l'ornement. On peut voir les exemples que nous avons cités de saint Cyprien, d'Eusèbe et de saint Grégoire de Nysse, qui servent admiraljlement à faire entendre la manière de rendre le discours agréable par sa fécondité.
Il est aussi bien essentiel d'éviter la tautologie, c'est-à-dire toute vicieuse répétition d'un même mot; faute qui vient de l'indigence de l'orateur, lorsqu'il n'a pas eu soin de se faire une assez bonne provision de termes et d'expressions pour signifier et faire entendre diversement une même chose ; car quiconque veut se former un style plein et abondant, doit avoir acquis auparavant un riche fonds, non-seulement de bonnes choses, mais aussi de termes et d'expressions, pour n'être pas obligé de répéter cent fois un même mot, comme le font plusieurs.
Enfin, comme la libérahté est entre deux passions vicieuses, savoir, l'avarice qui se refuse tout par une épargne cruelle à ellemême, et la prodigalité qui dissipe tout par des profusions indiscrètes : ainsi (la fécondité dans le discours est opposée à deux défauts : l'un est la sécheresse du langage ou de la diction^ qui est le défaut des personnes peu formées au talent de la parole, qui ne font entendre leurs pensées et leurs sentiments que par des /expressions maigres et stériles .\iTel est aussi. le style de ceux qui ne considèrent pas que la principale différence entre les discours dialectiques et les discours oratoires'^ est, commtB il a déjà été dit, que ceux-là ne sont composés pour ainsi dire que d'os et de nerfs, au lieu que ceux-ci sont outre cela revêtus de peau et de chair, et renferment un sang généreux qui, se répandant partout, les anime et leur donne une couleur très-vive et très-agréable; L'autre défaut' qui pèche par excès contre la fécondité, c'est ce qu'on appelle Vasiatisme, qui accumule des monceaux de paroles sans ordre, sans idées, sans signification, sans nécessité. ,
§ ni.
De la varié lé.
\ La variété est encore un grand ornement dans le discours. Le vice qui lui est opposé est Vhomologie, c'est-à-dire une manière de parler qui, étant toujours la même, rebutejet fatigue étrangement l'auditeur par sa continuelle uniformité. Pour éviter cet inconvénient,(il faut se faire, par la lecture des Pères, des auteurs ecclésiastiques et même des auteurs profanes, une grande provision de pensées,) de termes et d'expressions/ en faisant entrer dans ce trésor les tours ingénieux, les exemples, les apophthegmes, c'est-à-dire les sentences courtes et remarquables^ Il faut encore se servir pour cela des trois styles ou genres d'éloquence dont nous avons traité "^ jusqu'ici, savoir, du style simple, du médiocre, du magnifique et sublime, qui apportent une grande variété dans le discours.
Et lorsqu'il se trouve plusieurs membres ou parties liées entre elles dans une même suite de discours, afin que le long dénombrement des choses se fasse sans ennuyer l'auditeur^ on doit y employer une variété de figures qui éloigne du discours ce qu'il aurait de fatigant. C'est à quoi sert principalement l'interrogation, Icomme on peut le voir dans l'endroit de saint Ambroise que nous avons rapporté ci-dessus d'après saint Augustin, pour exemple des ornements du style médiocre.
Enfin toutes les figures de pensée et de mot servent à cette variété du discours; car, (comme une même personne peut se parer tantôt d'un vêtement et tantôt d'un autre, ainsi une même pensée ou une môme sentence peut être diversement revêtua'et ornée de différentes figures.