‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 279 sur 347 · LIVRE V, CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE XXI

[Le pléonasme est lorsqu'on mêle dans le discours des mots superflus et inutiles. ■

/'La maçrologie est une longueur de discours superflue.

/La brachilogie^ c'est-à-dire la diction succincte et coupée, concisus senno, est un vice lorsqu'on parle d'une manière trop courte ou trop serrée dans un genre grave et important, qui demande un discours plus grand et plus étendu. ^Si l'orateur ne peut y donner le développement qu'il mérite, il doit faire connaître la raison qui l'oblige à parler si brièvement d'un sujet si ample et de si grande étendue.

(La miose, jniom, c'est-à-dire la diminution ou l'avilissement d'un sujet par la manière dont on en parle. Ce défaut a lieu quand on traite une chose grande et relevée d'un style plus bas et plus simple que la nature et la dignité du sujet ne le demandent ; comme si quelqu'un traitant une matière sublime et importante, s'exprimait d'une manière toute populaire, basse et rampante : ce qui est directement contraire à Téloquence, dont le propre est de proportionner le langage à la dignité des choses.

La bomjjhiologie , c'est-à-dire la diction enflée, est un vice contraire au précédent; il consiste à dire des choses petites ou légères d'un style enflé, pompeux et magnifique ; comme si parlant ou écrivant à des paysans ou à des personnes grossières et sans éducation, ou même familièrement à un ami, on affectait de donnera son discours des tours périodiques, pleins et finis d'une manière majestueuse. Quintilien s'élève en ces termes contre ce défaut : i « Comme dans un procès criminel, où il ne s'agit de rien moins que de la vie, il sied bien de marquer de la crainte, de la précaution, et de mettre en œuvre, s'il faut ainsi dire, toutes les machines qui peuvent donner plus de force au discours; de même;en de petites choses, en des jugements de peu de conséquence, tout ce grand appareil est vain et inutile, et l'on se moquerait avec raison d'un orateur qui, parlant assis devant un juge particulier sur une affaire peu importante, dirait avec Cicéron que non-seulement il a l'esprit éperdu et troublé, mais qu'il tremble de tout son corps. » / L'asiadsme est un discours excessivement étendu en paroles et en figures, mais vide et sans solidité, qui était communément en

usage parmi les orateurs d'Asie,)d'où est venu le nom de ce défaut.

Qu'est-il besoin de dire ici qu'il faut éviter dans le discours la sécheresse, la barbarie, et tout ce qu'il peut, y avoir de rampant ou de trop commun ?)Tout le monde le sait assez. Mais chacun ne sait pas de même qu'on doit éviter avec autant de soin la. picilogie, qui est un vice tout contraire où l'on tombe en voulanFs'énoncer d'ime manière trop ornée et trop fleurie. « Car, dit Cicéron, quand un discours est partout peigné et ajusté, et que le fard et l'enjolivement y est si continuel, qu'on n'y trouve rien de naïf ni de varié, ni même de négligé ; on ne peut pas s'y arrêter longtemps sans quelque dégoût, parce qu'en matière d'éloquence, l'oreille n'est pas le seul juge, et que l'esprit qui a droit d'en connaître, condamne l'affectation partout où il la trouve. Ainsi, dit ce grand orateur, je veux qu'on parle toujours d'une manière bonne et solide, mais je neveux pas qu'on parle toujours d'une manière éclatante et sublime. Je veux que l'éloquence engage l'auditeur à des exclamations, mais je veux aussi que ces exclamations aient quelque relâche. Je veux qu'on laisse des ombresi..daiis..le. tableau, afin que les couleurs en paraissent davantage.] Les figures de pensée et de mot, qui sont les ornements du discours, doivent y être distinguées comme des fleurs et des brillants, et non pas s'y trouver partout, afin que le discours plaise à l'auditeur sans le fatiguer. »

C'est encore un défaut assez ordinaire que de traiter d'un style figuré les matières qui veulent un style simple, ou d'un style simple celles qui en veulent un figuré ; ce qui ne peut venir que de ce qu'on ne discerne pas assez quels sont les sujets propres à chacun de ces deux styles, ni la différence qu'il y a entre l'un et l'autre. C'est donc ce qu'il est à propos de remarquer ici en peu de mots.

Comme le style figuré signifie ordinairement avec les choses les mouvements que nous ressentons en les concevant et en parlant, et que le simple ne contient que les idées des choses toutes pures, on peut juger par là de l'usage que l'on doit faire de l'un et de l'autre, et quels sont les sujets auxquels chacun des deux est

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