‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 280 sur 347 · LIVRE V, CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE XXI

propre ; car/ il est ridicule de se servir du style figuré dans les ma- 1 tières purement spéculatives, que l'on regarde d'un œil tranquille, / et qui ne produisent aucun mouvement dans l'esprit,' parce que si \ les figures expriment les moindres mouvements de notre âme, on ne peut regarder celles que l'on mêle en des sujets où l'àme ne s'émeut point, que comme des mouvements contre la nature, et des espèces de convulsions. I)e là vient qu'il n'y a rien de moins agréable que certains prédicateurs qui s'écrient indifféremment sur tout, et qui ne s'agitent pas moins sur des raisonnements philosophiques que sur les vérités les plus étonnantes et les plus nécessaires pour le salut.

Au contraire,(lorsque la matière que l'on traite est telle qu'elle \ doit raisonnablement nous toucher, c'est un défaut que d'en par- 1 1er d'une manière sèche, froide et sans mouvement,' parce que c'est * un défaut que de n'être pas touché de ce qui doit toucher. Ainsi les vérités divines que l'on prêche n'étant pas proposées simplement pour être connues, mais beaucoup plus pour être aimées et révérées par les hommes, il est certain que la manière noble, ornée et figurée dont les saints Pères les ont traitées, leur est bien plus proportionnée qu'un style simple et sans figure, puisqu'elle ne nous enseigne pas seulement ces vérités, mais qu'elle nous représente aussi les sentiments d'amour et de vénération avec lesquels les Pères en ont parlé, et que portant ainsi dans notre esprit l'image de cette sainte disposition, elle peut beaucoup contribuer à y en imprimer une semblable ; au lieu que le style simple ne contenant que les idées de la vérité toute nue, est moins capable de produire dans l'àme les mouvements de respect et d'amour qu'on doit avoir pour les vérités chrétiennes : ce qui le rend nonseulement moins utile, mais encore moins agréable( le plaisir de l'àme consistant plus à sentir des mouvements qu'à acquérir des connaissances. ^

Quintilien, outre ces vices d'élocution, en remarque encore \^ quelques autres contre l'ordre et la netteté du discours, l'arrangement et la distribution de ses parties, leur structure, leurs nombres^' et la situation des mots ; ;mais parce qu'il ne faut que de l'oreille et

du bon sens pour en juger,, nous dirons seulement, à l'égard de ces défauts et des autres que nous avons marqués en détail, que comme on doit les éviter, on doit aussi pour cela s'exercer particulièrement aux qualités contraires, dont l'acquisition sera toujours aisée à quiconque s'appliquera sérieusement à observer ce que nous avons dit jusqu'ici des ornements de l'élocution.

LITEE SIXIÈME

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