DE LA PRO^OKCIATIO^Î , OU DE L ACTION
AVAIVT-PROPOS.
Il nous reste la partie la plus utile et en même temps la plus difficile à traiter de tout cet ouvrage ; partie que les rhéteurs appellent communément l'action ou la prononciation, c'est-à-dire le /geste et le mouvement du corps, les divers tons et les différentes inflexions de la voix, i
Depuis peu de jours, il m'est tombé entre les mains un livre français qui traite de la chasse, et qui descend dans un détail surprenant des règles de cet art, jusqu'à désigner et exprimer , par des notes de musique ou de plain-chant, les divers cris ou tons de voix dont les chasseurs doivent se servir pour appeler et animer les chiens. Certes, je n'ai pu m'empêcher d'admirer en cela l'adresse et l'industrie des hommes, qui n'ont pas seulement trouvé des règles pour cette sorte d'exercice et de divertissement, mais qui ont encore entrepris d'enseigner, même par le moyen de l'écriture, cette manière de chant ou ces divers tons de voix qui servent a appeler les bêtes et à les exciter à divers mouvements. Que s'ils ont été si ardents à metti'e leur application, leur travail et leur industrie dans une chose si vaine, pourquoi n'aurons-nous pas autant d'ardeur à rechercher, par tous les efforts de notre esprit, les moyens d'en enseigner une sans comparaison plus importante, et surtout très-nécessaire aux prédicateurs? Mon dessein est donc, non-seulement de proposer et d'expliquer dans ce dernier livre les règles et les observations des maîtres sur le sujet que nous devons
4(i0 RHÉTORIQUE ECCLÉSIASTIQLE.
traiter, mais encore d'y joindre toutes celles que j'ai pu faire moimême dans un long et continuel exercice de la prédication , et de les éclaircir toutes en même temps par des exemples.