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/La prononciation doit être convenable et bienséante. ,
Il nous reste à parler de la principale et plus importante qualité de la prononciation. Cette qualité consiste à prononcer convenablement et avec bienséance , c'est-à-dire à proportionner sa voix aux choses mêmes que l'on dit, et à en varier les tons selon leurs différentes natures; ce qui sert merveilleusement à réveiller l'attention des auditeurs, et à la soutenir sans les fatiguer, parce qu'à chaque différente inflexion de voix, leur esprit, comme attaché à la bouche de celui qui parle, reçoit autant de différentes impressions, qu'il prend de différents tons, car étant persuadés que ce n'est pas sans sujet qu'il diversifie sa manière de prononcer, ils se portent d'eux-mêmes à renouveler leur attention, et on leur évite le dégoût par cette variété.
« 11 est temps, dit Quintilien, d'expliquer ce que c'est qu'une prononciation convenable. Sans doute c'est celle qui sait se conformer aux choses dont ou parle, à quoi certainement rien ne contribue autant que les mouvements intérieurs de l'àme,, qui a la voix pour écho. Car l'àme ne peut avoir deux sortes de mouvements. Or il y a deux sortes de mouvements : les uns vrais, les autres feints et purement imités. Les vrais éclatent naturellement, comme les mouvements de douleur, de colère, d'indignation, etc.; mais ils ne dépendent point de l'art, et n'ont nullement besoin de préceptes; au contraire, ceux qui ne sont que copiés dépendent de l'art, et la nature ne s'y trouve point. Pom' bien exprimer les derniers, il faut commencer par les ressentir, par se représenter \4vement les choses, et en être touché comme si elles se passaient sous nos yeux. De celte sorte, la voix, comme interprète de nos sentiments, portera sans peine dans l'esprit des juges la même disposition qu'elle aura prise dans le fond de notre intérieur; car, fidèle image de notre âme, elle reçoit toutes les im-
pressions| tous les changements dont notre àme est susceptible elle-même.
« Ainsi dans la joie, la voix est pleine, simple, légère, et coule gaiement. Dans le combat, elle est fière et hardie, elle fait effort de tous ses organes, et ramasse pour ainsi dire toutes ses forces. La colère la rend rude, terrible, impétueuse et entrecoupée,; parce (jue, dans le transport de cette passion, l'air sortant des poumons avec violence, il faut de nécessité que celui qui parle soit à tout moment hors d'haleine.; Veut-on inspirer de l'aversion pour quelqu'un, aussitôt la voix s'accommode à la disposition du cœur et devient plus lente, par la raison que c'est un sentiment qui ne tombe que dans l'âme de ceux qui sont inférieurs aux autres. Mais veut-on flatter, confesser sa faute, faire satisfaction, prier, supplier, la voix est douce et soumise. Dans les personnes qui conseillent, qui promettent, qui consolent, elle est grave; dans celles qui sont retenues par la crainte ou par la pudeur, elle est faible et timide. S'agit-il d'exhorter, elle est véhémente ; de disputer, elle est ferme; de témoigner de la compassion, elle est tendre et touchante, elle se fait même obscure à dessein. Dans les digressions, elle roule avec étendue, elle est claire et assurée. Enfm dans les récits et dans le discours familier, elle est unie, tenant un certain milieu entre le ton grave et l'aigu. Ajoutez que dans les grands mouvements, eUe s'élève; que dans ceux qui sont doux, elle s'abaisse, tantôt plus, tantôt moins, selon le degré de passion hu'elle doit exprimer...,
« Ayons grand soin d'éviter jce que leé Grecs appellent monotonie; défaut qui consiste à prononcer tout un discours comme d'une haleine, et sur un même ton. Non-seulement ne déclamons pas toujours avec bruit : ce qui est d'un insensé, d'un furieux; ni d'un ton de conversation : ce qui est froid et languissant; ni à voLx basse et comme en bourdonnant : ce qui ôte à l'action toute sa vivacité, tout son feu; (mais prononçons de manière qu'un même endroit, un même mouvement soit mêlé de certaines inflexions déhcates, selon que le demande, ou la dignité des paroles, ou la beauté des pensées, ou le commencement d'une période, ou la chute de cette même période, ou enfm le passage