‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 293 sur 347 · LIVRE VI, CHAPITRE IV, § 1. 4S · texte numérisé non relu

LIVRE VI, CHAPITRE IV, § 1. 4S

mettent principalement l'indignation et la pitié. Il faut donc que l'action soit aussi variée que ces mouvements del'àme. Mais voyons ce qu'exigent les difïérentes parties du discours.

L'exposition, l'exorde et la narration.

La prononciation de l'exorde et de la narration a beaucoup de ressemblance avec celle de l'exposition, car toutes ces trois parties du discours/ demandent une action qui ne soit ni trop vive, ni précipitée, mais douce et tranquille. Dans l'exposition, lorsqu'il s'agit de représenter quelque chose ou de faire entendre quelque passage obscur, il faut une manière de prononcer douce et modérée, mais qui soit distinguée par intervalles et un peu variée dans ses tons, selon la nature des sens que peuvent avoir les choses que nous voulons établir, en sorte que la prononciation même semble les insinuer 'dans les esprits des auditeurs.

Quant à l'exorde, voici ce qu'en dit Quintilien : « L'exorde, le plus souvent, demande une prononcialîônTdouce, parce que rien ne prévient tant en notre faveur que la modestie. Vc dis le pins souvent, car il y a plusieurs sortes d'exordes, comme je l'ai montré en son lieu, et par conséquent différentes manières de les prononcer. Mais pour l'ordinaire/un ton de voix modéré, un geste plein de retenue, un mouvement de corps presque insensible, un regard modeste et attaché au même endroit : voilà ce qui convient à l'exorde. »\ 11 y a des prédicateurs qui pèchent grandement contre cette règle, en ce que, soit par une vaine ostentation de savoir et de bel esprit, soit par une espèce de liberté trop hardie, ils commencent leur sermon de manière à faire juger qu'ils ne manquent pas de bonne opinion d'eux-mêmes. Il y en a d'autres qui, dans l'exorde, crient avec elîort, et prennent une action véhémente. Ce qui leur arrive principalement lorsqu'ils voient une foule dépeuple qui se presse pour les entendre; car étant alors animés d'une ardeur plus grande et plus impétueuse, et voulant se faire entendre de tous, ils élèvent et poussent la voix avec plus d'effort qu'il ne

faut, ce qui fait que nou-seulement la voix, mais les forces mêmes leur manquent au milieu du discours, et que leur activité étant ainsi comme épuisée, ils sont contraints de finir d'une manière d'autant plus lente et languissante, qu'ils ont commencé avec plus de véhémence et de vivacité. Il faut donc que les prédicateurs prudents aient soin d'arrêter l'ardeur et l'impétuosité de leur esprit, et d'en bien ménager et réserver les mouvements pour les parties plus importantes et plus nécessaires.

« Dans la narration, il faut, dit encore Quintilien, que la main s'étende, que le geste soit diversifié, et que la voix se proportionne au discours; mais on exige le plus souvent un ton de voix simple et ordinaire dans les choses qui ne contiennent aucun mouvement d'esprit, ni rien qui demande une action variée. » Il y a sans doute plus de difficulté pour l'action dans la narration que dans la preuve et dans l'amplication ; car dans ces deux dernières parties l'action est suffisamment soutenue et animée par l'ardeur de la dispute ou de l'amplification, et par les mouvements qu'elle excite dans l'esprit; mais dans la narration, qui doit être moins active, l'action dépend uniquement de la prudence de celui qui paiie.! Je ne nie pas néanmoins qu'il n'y ait quelquefois des narrations susceptibles de mouvements; car [il faut dans toute narration savoir fléchir sa voix et en diversifier les tons, pour représenter chaque chose en la manière qu'elle est arrivée. Sil s'agit de narrer un fait ou une action de générosité, nous le ferons d'une manière un peu plus prompte et plus animée; et s'il se rencontre des demandes, des réponses et des paroles d'étonnement ou d'admiration sur les choses que nous disons, nous aurons soin d'exprimer de la voix les sentiments, les dispositions et les caractères des esprits de toutes les personnes, en prenant des manières tantôt aigres, tantôt adoucies, tantôt tristes et tantôt gaies, et changeant ainsi d'action et de prononciation selon la diversité des paroles et des expressions. \

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