LIVRE I, CHAPITRE 1. H
dire toutes choses, et ceux mêmes qui les disent mal, fournissent tous quelques matières à ces sortes d'observations ; car quiconque entend les uns et les autres et les observe avec intelligence, trouve dans les premiers les perfections qu'on doit imiter, et dans les autres les vices qu'on doit fuir. C'est pour cette raison qu'un prédicateur habile et très-éloquent, interrogé par un autre encore tout nouveau et peu expérimenté dans ce ministère, sur ce qu'il devait faire pour bien prêcher, s'avisa plaisamment de le renvoyer à un très-mauvais prédicateur, et de lui recommander sérieusement d'être exact à l'écouter et à observer toute sa manière de prêcher, et d'avoir soin ensuite de ne pratiquer rien de ce qu'il lui aurait vu faire, l'assurant que par l'application qu'il aurait à éviter tous ses défauts, il pourrait se faire qu'il devînt un excellent orateur chrétien.
C'est aussi par cette voie, que les premiers qui ont écrit sur la rhétorique, à force d'écouter et d'observer avec un soin égal, et ceux qui savaient bien parler, et ceux qui n'y réussissaient pas, et de réfléchir sur les manières difTérentes des uns et des autres, ont heureusement trouvé les règles et les préceptes de cet art. /Aristote (lib. Il Rhet.) y a excellé, même avant Cicéron, qui en a parlé en ces termes : « Ce grand homme ayant recherché avec soin et rassemblé les anciens auteurs qui avaient écrit sur la rhétorique depuis Lysias, qui fut le premier inventeur de cet art, a expliqué, éclairci et rédigé lui-même par écrit les règles et les préceptes de chacun en particulier,) avec un ordre et une netteté dignes de son grand génie ; et il a tellement excellé au-dessus de ces premiers inventeurs mêmes, par la claire et agréable brièveté de sa diction, que personne ne connaît plus leurs règles et leurs préceptes par leurs livres; mais tous ceux qui les veulent apprendre, ont recours à Aristote comme à un interprète plus clair, plus sur, et chez qui on a l'avantage de trouver réuni tout ce qu'ont dit les autres. »