CHAPITRE II
De l'utililé et de la uécessilé de la rhétorique.
Ce qu'on vient de dire montre, ce nous semble, que la rhétorique peut rendre de grands ser\ices à l'éloquence sacrée. Pourquoi donc n'appellerait-on pas la rhétorique au secours de la prédication : la rhétorique, cet art précieux, qu'Aristote, si célèbre en toutes sortes de sciences, et tant de savants hommes de l'antiquité ont inventé et que d'autres excellents m.aîtres ont enrichi de nouvelles observations? Si ceux qui veulent se livrer à l'étude de la philosophie et de la théolog-ie étudient la logique, afin de pouvoir argumenter et réfuter les arguments : de même, quand on veut se donner au ministère de la prédication, on doit étudier les règles de la rhétorique, afin de pouvoir persuader le peuple ; en sorte que, non-seulement il croie ce qu'on lui enseigne, mais, chose plus difficile, il pratique ce qu'il croit.
C'est pourquoi, si nul ne peut réussir avec honneur dans les disputes de philosophie et de théologie sans être bon logicien, il n'y a non plus personne, à moins qu'il ne soit, ou rempli de l'esprit divin comme l'ont été les prophètes et les apôtres, ou heureusement né pour l'éloquence, ce qui est très-rare; il n'y a personne, dis-je, qui, sans l'un ou l'autre de ces dons extraordinaires, puisse réussir dans la prédication sans le secours de la rliétorique; et l'on ne peut douter au moins que quiconque entre avec ce secours dans le ministère de la parole de Dieu, ne l'exerce toujours avec plus de facilité et de succès.
C'est aussi ce qui donne lieu de condamner justement la conduite de plusieurs, qui s'ingèrent dans les fonctions du saint ministère, sans s'être auparavant munis du secours de la rhétorique. Pour moi, je suis fortement persuadé qu'il n'y a rien de plus indigne que cette témérité avec laquelle on entre dans un emploi si grand, si important, si nécessaire dans l'Église et même le plus difficile de tous, sans se mettre en peine de s'instruire auparavant d'aucune règle ni d'aucune méthode assurée pour s'en acquitter dignement et avec fruit, vu qu'on ne peut même exercer les moindres arts ni