‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 301 sur 347 · LIVRE VI, CHAPITRE VII, § I · texte numérisé non relu

LIVRE VI, CHAPITRE VII, § I

Des vices du gesle.

1" Pour commencer par le geste des mains, le premier défaut, c'est de porter la main en avant, les doigts séparés et recourbés, la paume en haut, comme font ceux qui demandent l'aumône.

2° Il y en a aussi quelques-uns qui tiennent la main à demi fermée et les doigts serrés, comme ceux qui veulent puiser de l'eau d'une fontaine avec la main ;j ce qui n'est pas une moindre faute que la précédente.

3" Il arrive aussi plus d'une sorte de difformité dans le geste des bras. D'abord c'en est une, !de courber le bras droit et de gesticuler du coude j: j'ai remarqué ce défaut même dans un prédicateur habile. C'est une autre difformité dans les bras, que de les porter trop haut ou trop bas, ou de les étendre de côté et d'autre en forme de crucifix :(« Les maîtres de l'art, dit Quintilien, ne souffrent point que la main s'élève au-dessus des yeux *, ni qu'elle s'abaisse au-dessous de la poitrine, et bien moins encore qu'elle parte comme de la tète, ou qu'elle s'abaisse au-dessous du ventre ;) et il ajoute aussi que de battre des mains, c'est une action qui sent trop le comique, parce que bien qu'elle soit quelquefois reçue dans une chose grande et extraordinaire, si néanmoins on la fait souvent, cela ne manque point de blesser les yeux et les oreilles des auditeurs. »'Ce n'est pas un défaut moins désagréable de frapper des mains sur la chaire où l'on parle.

Quintilien nous marque le défaut des épaules par ces paroles : « C'est encore une très-mauvaise habitude que celle de hausser les épaules à tout moment.: On dit que Démosthènes y était sujet, et que pour s'en corriger, il s'exerçait debout dans une espèce de tribune fort étroite, où pendait une hallebarde, afm que si dans la chaleur de l'action ce mouvement venait à. lui échapper, la pointe

* Personne n'observe celte règle, ni les prédicateurs, ni les acteurs dramatiques, ui les avocats au barreau, ni les orateurs à la tribune nationale. (Le trnd.)

de cette hallebarde lui servît d'avertissement et de punition tout ensemble. »

' Que dirai-je de ceux qui, par de fréquents mouvements de pied?, de bras et de tout le corps, semblent plutôt se débattre que prononcer un discours? Tantôt ils se plient le corps tout entier, tantôt ils s'abaissent jusqu'au fond de la chaire, tantôt ils en sortent comme tout d'un coup en s'élevant en l'air. Autant une action languissante touche peu, autant celle qui esï trop emportée et pleine de gestes est difforme)) Il y a une certaine mesure à garder en toute chose; tout ce qui va au-dessus ou au-dessous s'écarte de ce qui est juste, et choque les auditeurs.

Il reste encore un autre vice que l'ignorance des auditeurs et le plaisir qu'ils y prennent ont mis en honneur : c'est d'imiter et de contrefaire les paroles et les actions, ou plutôt la manière d'agir et de parler des autres, partie par les gestes, et partie par la voix)v comme font les comédiens et les bouffons sur le théâtre. <J(( La maiii a quelquefois, dit Quintilien, des gestes qui font entendre les choses en les imitantj: comme, par exemple, si l'on voulait marquer qu'une personne est malade, en contrefaisant le médecin qui tâte le pouls ; qu'un autre sait jouer de la lyre, en posant les mains et les doigts comme il convient pour jouer de cet instrument.; Ces sortes de gestes sont vicieux et doivent être bannis de la prononciatioiî : car un orateur doit fuir tout ce qui sent le bouffon, et rapporter par conséquent son geste au sens plutôt qu'aux mots. Dans le comique, les acteurs qui ont quelque réputation en usent ainsi. Comme doncf^je permets à un orateur de tourner la main vers son corps quand il parle de lui, ou de l'étendre vers quelqu'un quand il est besoin de le montrerai et de faire d'autres gestes semblablesL aussi ne veux-je point qu'il imite toute sorte de posture, ni qu'il prenne à tâche de représenter par son action généralement tout ce qu'il dit.;

« Et ce n'est pas seulement à l'égard des mains que cela se doit observer, mais à l'égard de tout geste et du ton de la voix. Car, ni dans ces mots que j'ai cités ailleurs : « On voyait un préteur du peuple romain, chaussé et vêtu à la grecque, se promener publiquement avec une indigne créature, appuyé nonchalamment

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