‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 302 sur 347 · LIVRE \I, CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE \I, CHAPITRE VIII

sur elle; » ni dans ceux-ci : » Un citoyen romain était fouetté par

la main du bourreau sur la place publique , » un orateur ne

doit copier l'attitude de Yerrès , qui tient une vile courtisane par-dessous le bras, ni la posture et ce mouvement de bras que demande l'action du bourreau, ni les gémissements et les cris que la douleur arrache à un patient. Je crois même qu'un comédien ferait fort mal, si dans un rôle de jeune homme, ayant par hasard à rapporter le discours d'un vieillard ou d'une femme, il se faisait, pour le mieux représenter, une voix tremblante ou efféminée ; ce qui prouve qu'il y a une imitation vicieuse en ceux mêmes dont tout l'art consiste dans l'imitation. »

Si Quintilien trouve que cette manière d'imiter et de contrefaire est indécente dans un orateur qui ne traite que des choses de cette vie, combien plus l'aurait-il condamnée dans un prédicateur de l'Évangile, qui ne parle que de celles qui regardent le bonheur et le malheur éternel de l'autre? Pour moi, je ne suis point surpris de voir que les auditeurs applaudissent souvent à cette sorte d'imitation, sachant qu'ils n'estiment et qu'ils n'aiment que ce qui les divertit et les fait rire, comme on estime et on loue un baladin qui sait contrefaire au naturel la voix, l'action et les divers caractères des hommes. C'est néanmoins ce que blâment toutes les personnes savantes et éclairées, et les plus considérées pour leur piété, dont nous devons bien plutôt suivre les sentiments que rechercher les applaudissements du peuple. Ils n'estiment rien de si indigne de la gravité d'un docteur de l'Église et d'un prédicateur de l'Évangile, que d'affecter comme les bouffons toutes sortes de postures, et de contrefaire ainsi les gestes et les manières d'agir et de parler des autres.

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