‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 308 sur 347 · LIVRE VI, CHAPITRE IX. aOf · texte numérisé non relu

LIVRE VI, CHAPITRE IX. aOf

d'un profond étonnement sans rien dire, s'il est véritablement ému et touchi'i lui-même, ce silence aura une force merveilleuse pour émouvoir et exciter les esprits de ses auditeurs; et quelquefois la force de l'esprit divin peut être si grande dans un prédicateur, qu'il coupe et finisse son sermon par cette sorte de suspension, et laisse ainsi ses auditeurs comme suspendus et tout tremblants. Comme cette action serait ridicule si elle n'était qu'une feinte et une adresse de l'orateur, elle est aussi très-efficace pour toucher et émouvoir les esprits , lorsqu'elle vient d'un cœur vraiment animé de l'esprit de Dieu et du zèle de sa gloire.

Les figures que nous allons encore passer en revue, se rapportent toutes à quelque mouvement ou affection particulière de l'âme. Nommons d'abord l'affirmation, qui a souvent, comme le fdit Quintilien, plus de force que les preuves mêmes ; mais elle demande pour cela une action très-vive et très-ferme dans le visage et dans la voix, qui marquent une confiance absolue dans la cause qu'on soutient. Telle est celle-ci de saint Paul): « Je vous dis, moi Paul, c^ue si vous vous faites circoncire..., Jésus-Christ ne vous servira de rien; et de plus je déclare à tout homme qui se fera circoncire, qu'il est obligé de garder toute la loi '. » Et cet autre encore : « Si nous n'avions d'espérance en Jésus-Christ que pour cette vie, nous serions les plus misérables de tous les hommes -. »/ Et dans la même EpUre : « Ne vous y trompez pas : ni les fornicateurs, ni les idolâtres, ni les adultères, ne seront point héritiers du royaume de Dieu ^. »

Le serment demande aussi un ton affirmatif, plein de force et de vivacité. C'est ainsi qu'en usa David envers la sage Abigaïl : « Je vous jure, dit-il, par le Seigneur, le Dieu d'Israël, qui m'a empêché de vous faire du mal, que si vous ne fussiez venue promp-

1 Eccc ego Paulus dico vobis quoniam si circumciJamini, Christus vobis nibil prodi-rit. TestiBcor autem rursùs omni hoiwini circumcidenti se, quoniam debitor est univerjœ legis faciendœ. Gai., \, 2-

2 Si iii bàc vitâ tantùm ia Ghristo sperantes sumus, miserabiliores sumus omnibus hominlbus. I Co7\, xv, 19.

* Nolite errare : neque fornicarii, neque idolis servientes, ueque adulteri

reguum Dei posaidebunt. Ibid., vi, 9.

tement au-devant de moi, il ne serait resté en vie demain au matin dans kl maison de Nabal, ni homme, ni bête *. »

L'exhortation ou l'action d'inciter et d'encourager, veut être animée <^'un ton qui marque du poids et de l'autorité. Il faut donc prononcer d'une voix ferme et grave ces paroles du Seigneur dans Isaïe : « Examinez tout avant de juger, assistez l'opprimé, faites justice à l'orphelin, défendez la veuve -; ))^et cellesci, encore dans le même prophète : « Rompez les chaînes de l'impiété, déchargez de leurs fardeaux ceux qui en sont accablés, renvoyez libres ceux qui sont opprimés par la servitude, et brisez tout ce qui charge les autres ; donnez part de votre pain à celui qui a faim ^. »

Les corrections et les réprimandes qui tendent à réveiller les hommes de l'assoupissement où ils sont pour le salut, sont peu différentes de l'exhortation, et demandent aussi une action grave et une voix ferme et animée, comme celle du Sage contre les paresseux, quand il dit : « Jusques à quand dormirez-vous, ô paresseux ? quand vous réveillerez-vous de votre sommeil ? Vous dormirez un peu, vous sommeillerez un peu... et l'indigence viendra vous surprendre"*...; » et cette autre encore contrôles amateurs du monde : « 0 enfants ! jusques à quand aimerez-vous l'enfance ? jusques à quand les insensés désireront-ils ce qui les perd, et les imprudents haïront-ils la science ^? »

L'exclamation et l'apostrophe servent aussi beaucoup à exciter des mouvements et des affections ; elles ne se bornent pas à ex-

1 Vivit Dominus Deus Israël, qui prohibuit me ne maluin facerem tibi ; nisi cito venisses in occursum mihi, non remansisset Nabal usque ad lucem matutinam, mingenâ ad parietem. I Reg., xxv, 34.

2 Quaerile judicium, subvenite oppresse, judicate pupillo, defendite vidiiam. ts., 1, il.

•■' Dissolve cûlligaliones impietatis; solve fascicules deprimentes; dimitle cos qui contracti suut liberos, et omne ouus dirumpe, frange esurienli panem tuum. lùid., Lvni, 6.

* Usquequô, piger, dormies ? quandù .consurges è somno luo? paululùm dormies, paululùm dormitabis..... et veniet tibi quasi vialor egostas. Prov., VI, 9.

6 Dsqnequô, parvuli, diligitis infantiam, et stulti ea quœ sibi sunt noxia cup!ent, et imprudentes odibunt scientiam? Prov., i, 22.

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