LIVRE VI, CHAPITRE IX
nuées fassent descendre le juste comme une pluie ; que la terre s'ouvre, et qu'elle germe le Sauveur ^ » Car la voix doit exprimer l'ardent et amoureux désir d'une âme qui soupire pour son" Sauveur.
En voici une autre de David, qui demande un accent et un ton de voix tout différents : « Montagnes de Gelboé, que la rosée ni la pluie ne tombent jamais sur vous , qu'il n'y ait point sur vos coteaux de champs dont on ofï're les prémices, parce que c'est là qu'a été jeté le bouclier des forts, le bouclier de Saûl -. »
L'interrogation s'accommode aussi à toute sorte d'affections, et demande une prononciation différente de la manière commune de s'énoncer, et variée selon la diversité des sentiments qu'elle doit exprimer. Elle' veut quelquefois une voix simple et douce, comme la question qu'un jeune homme riche vint faire à Jésus-Christ : ((Bon maître, que faut-il que je fasse pour posséder la vie éternelle ^?)A et comme celle-ci de Jésus-Christ même : « De quoi vous entretenez-vous ainsi dans votre chemin ? et d'où vient que vous êtes si tristes'^? «/"Mais lorsque l'interrogation est l'effet d'un ardent désir, il faut prendre un ton tout différent, c'est-à-dire pressant et animé, (comme dans celle-ci de Job : « Qui m'accordera que mes paroles soient écrites? qui me donnera qu'elles soient tracées dans un livre, qu'elles soient gravées sur une lame de plomb avec une plume de fer, ou sur la pierre avec le ciseau = ? » Tous les membres de cette interrogation continuée doivent se prononcer d'un même ton , et néanmoins toujours avec quelque véhémence et quelque instance de plus en plus animée. Il en est de même de cet endroit de l'Apôtre : « Qui est faible ou affligé, sans que je m'affaiblisse ou que je m'afflige avec lui? Qui est scanda-
* Rorale, cœli, desuper, et nubcs pluant justum, apeiiatur terra et gyrminet salvatorem.
2 Moules Gelboe, nec ros, nec pluvia veniant super vos, neque sint agri primitiarum, quia iLi abjectus est clypeus fortium, clypeus Saul. II Reg., i, 21.
SMagister bone, quid faciens vitam aeternam possidebo? Luc, xviii, 18.
4 Qui sunt hi sermones quos coufertis ad invicem ambulantes, et estis tristes? l/jjd., XXIV, 17.
s Quis niihi tribuat ut scribautur sermones mei? quis mihi det ut exarentur in libroj stylo ferreo, et plumbi lamina, vel celte sculpautur in silice? JoO., xiXj
lise, sans que je brûle ' ?» Il y a plus de véhémence dans cet autre d'Isaïe : « Pourquoi foulez-vous aux pieds mon peuple? ) Pourquoi meurtrissez-vous de coups le visage des pauvres ^ ? » Celui-ci de Moïse doit se prononcer d'une manière qui marque de la colère et de l'indignation : « Race pervertie .et corrompue ! Est-ce ainsi que tu témoignes ta reconnaissance envers le Seigneur, ô peuple fou et insensé ^ ? » De même cet autre de Jérémie : « Ne punirai-je point ces excès, dit le Seigneur ? et ne me vengerai-je point d'une nation si criminelle''? » Voici une autre interrogation du même prophète, qu'on doit prononcer d'une voix et avec une action qui marquent du doute, de l'embarras et de l'inquiétude : « A qui adresserai-je ma parole, et qui conjureraije de m'écouter?..'i Qui est l'homme sage qui comprenne ceci, à qui l'on puisse faire entendre la parole du Seigneur, afin qu'il l'annonce aux autres ; qui comprenne pourquoi cette terre a été désolée, pourquoi elle est devenue sèche et toute brûlée, comme un désert, sans qu'il y ait personne qui y passe ^ ? »
Ce serait un travail trop long que de parcourir toutes ces sortes d'exemples, dont l'Écriture sainte est remplie d'un bout à l'autre ; on périt aisément trouver le ton qu'ils exigent, et se former par cet exercice une manière de prononcer véritable et naturelle.
La figure appelée en latin sermocina/io, par laquelle on fait parler différentes personnes selon leur état et leur condition, sert aussi à différentes aiîections de l'àme, et demande des inflexions variées selon la variété de ces affections. Autre est la prononciation en cet endroit de Jérémie : « Ils n'ont point dit en eux-mêmes : Craignons le Seigneur, qui donne en son temps aux fruits de la terre
^ Quis iofirmalur, et ego non infirtnor? quis scandalizatur, et ego non uror? II Cor., XI, 29.
* Quarè alteritis populum meum, et faciès paiiperum coiumolilis? Is., m, 15. 3 Generatio prava atque perversa! hsecdne reddis Domiao, popule stulte et
insipiens! Deut., xxxii, 5.
* Numquid super bis non visitabo, dicit Dominas : et in gente tali non ulciscetur anima mea? Je?-., y, 9.
5 Gui loquar? et quem contestabor, ut audiat?... Quis est vir sapiens qui iutelligat hoc, et ad quem verbum oris Domini fiât, ut annunliet istud, quarè perierit terra, et exusta sit quasi desertum, eo quôd non sit qui perlranseat. Jer., VI, 10; IX, 12.