‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 311 sur 347 · LIVRE V, CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE IX

les premières et les dernières pluies, et qui nous conserve tous les ans une abondante moisson * ; » autre en cet endroit du Sage : « Les méchants ont dit dans l'égarement de leurs pensées : Le temps de notre vie est court et fâcheux ; l'homme après sa mort n'a plus de bien à attendre, et l'on ne sait personne qui soit revenu des enfers ; car nous sommes nés comme à l'aventure ^. » Autre en cet endroit où le Sage, représentant les méchants frappés d'étonnement à la vue de la gloire et du bonheur des justes au dernier jugement, leur prête ces paroles : « Ce sont là ceux qui ont été autrefois l'objet de nos railleries, et que nous donnions pour exemples de personnes dignes de toute sorte d'opprobres. Insensés que nous étions 1 leur vie nous paraissait une folie et leur mort honteuse ; et cependant les voilà élevés au rang des enfants de Dieu, et leur partage est avec les saints. Nous nous sommes donc écartés de la voie de la vérité ^ » Autre enfm est ce passage où le Seigneur fait parler le roi d'Assur : a Je visiterai cette fierté du cœur insolent du roi d'Assur ; car il a dit en lui-même : C'est par la force de mon bras que j'ai fait ces grandes choses, et c'est ma propre sagesse qui m'a éclairé. J'ai enlevé les anciennes bornes des peuples, j'ai pillé les trésors des princes, et comme un conquérant j'ai arraché les rois de leurs trônes^, »

Il y a encore quelques figures qui demandent des inflexions de voix particulières ; il ne sera pas inutile de les faire entrer comme exemples dans notre livre. La première de ces figures est la répé-

1 Et non dixerimt in corde suo : Meluamn? Doniiniira..., qui dat uobis pluviam temporaneam et serotinam in tempore suo, plenitudiuem aumiae messis custodieutem nobis. Jer., \, 24.

2 Dixerunt impii cogitantes apud se non rectè : Exiguum et cum taedio est leinpus vitse uostrte, et non est refrigerium in fine homiuis, et non est qui aguitus sit reversus ab inferis, quia ex nihilo nati sumus. Sap., u, 1.

' Hi sunt quos habuimus aliquandô in derisum, et in simililudiuem improperii. Nos insensati vitam illoruui œsliniabamus insaniam, et finem illorum sine honore. Ecce quomodô computati sunt inter filios Dei, et inler sanctos sors illoruna est. Ergô erravimus à via veritatis. Sap., v, 3.

^ Visitabo super fructum magnitici cordis régis Assur... dixit enim : In forlitudine manùs mese feci, etiu sapientià meà intellexi, et abstuli termines jjopulorum , et principes eorura depraedatus sum , et detraxi quasi potens iu sublimi résidentes. 1$., x, 12.

olG RHÉTORIQUE ECCLÉSIASTIQUE.

tition d'un même mot au commencement de chaque membre d'une période. Ces répétitions doivent se prononcer d'un même ton de voix, comme celle-ci dans Jérémie : « L'épée est tirée contre les Chaldéens, dit le Seigneur, contre les habitants de Babylone, contre ses princes et contre ses sages ; l'épée est tirée contre ses devins, qui paraîtront des insensés ; (l'épée est tirée contre ses braves, qui seront saisis de crainte ; l'épée est tirée contre ses chevaux,; contre ses chariots et contre tout le peuple qui est au milieu d'elle, et ils deviendront comme des femmes; l'épée est tirée contre ses trésors, et ils seront pillés *. »

La deuxième est la conversion, où un même mot est répété à la fin de chaque membre de phrase. On doit aussi conserver le même ton de voix à chaque désinence, comme dans ce passage de saint Paul : « Quand j'étais enfant, je parlais comme un enfant, je jugeais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant ^. »

La troisième, la complexion, où un mot est répété au commencement de chaque membre de phrase, et un autre à la fin, se prononce comme la répétition et la conversion.

La quatrième, le redoublement ou la double répétition d'une expression, approchant fort de l'affirmation, demande aussi une prononciation presque toute semblable, comme quand le Seigneur dit dans Isaïe : « C'est pour moi-même que j'agirai, c'est pour moi-même, afin que mon nom ne soit point blasphémé, et je n'abandonnerai point ma gloire à un autre ^. » De même en cet autre endroit : « C'est moi donc, c'est moi-même, qui efface vos iniquités pour l'amour de moi ''... C'est moi qui suis le Sauveur;

1 Gladius ad Cbaldseos, ail Domiuus, et ad ha])itatores Babyloni.^, et ad principes, et ad sapientci ejus; gladius ad divinos ejus, qui slulti erunl; gladius ad fortes illius qui tiaiebuut; gladius ad equos ejus et ad currus ejus, et ad oiuue vulgus quod est iu ruedio ejus, et erunt quasi muliercs; gladius ad tliesauros ejus qui diripientur. Jer., L, 35.

* Cùui cssem parvulus, loquebar ut parvubis, sapiebam ut parvulus, cogitabain ut parvulus. 1 Cor., XTii, 11.

2 Propter me, propter me faciam, ut non blasphémer, et gloriam meam alteri non dabo. Is., SLViii, 11.

* Ego sum, ego sum ipse, qui deleo iniquitates tuas propter me. Ibid-, XLIII, 25,

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