LIVRE VI, CHAPITRE X. olti
crimes ; si ce n'est que la prononciation de celui-ci : « Si vous voyiez un voleur, » est en quelque manière difïérente des autres. Ces paroles qui suivent immédiatement après : a Vous avez fait toutes ces choses, et je me suis tu, » doivent être exprimées sur le ton d'un homme qui est dans l'admiration, et comme dansl'étonnement d'un si long silence ; c'est pourquoi il faut qu'en prononçant cet endroit, on s'arrête comme tout d'un coup, car c'est là l'efTet de l'admiration. Mais pour ce qui suit : « Vous avez cru^ ô homme plein d'iniquité , que je vous serai semblable , » cela marque plus d'indignation dans celui qui le dit ; et ce qu'il ajoute aussitôt après, en marque encore davantage : « Je vous reprendrai sévèrement, et je vous exposerai vous-même à vos propres yeux '. » Il faut après cela une manière de prononcer toute différente des précédentes dans le verset suivant : « Comprenez ceci vous qui tombez dans l'oubli de Dieu, de peur qu'il ne vous punisse tout d'un coup, et que nul ne puisse vous délivrer-; » car cet avertissement doit se prononcer avec la voix d'un homme qui, par un conseil prudent^ détourne d'un imminent péril ceux qui en sont menacés. On voit assez clairement par cet exemple, combien il faut varier la voix, et lui faire prendre divers tons dans la prononciation de ce petit nombre de versets.
Prenons pour second exemple celui que l'Apôtre nous présente dans sa première Épîire aux Corinthiens, où il les reprend de ce qu'ils plaidaient les uns contre les autres devant les infidèles : « Comment se trouve-t-il quelqu'un parmi vous, qui ayant un différend avec son frère, ose l'appeler en jugement devant les méchants et les infidèles, et non pas devant les saints et les chrétiens? Ne savez- vous pas que les saints doivent un jour juger le monde? Si donc vous devez juger le monde, êtes-vous indignes de juger les moindres choses? Ne savez-vous pas que nous serons juges des anges mêmes? combien donc le devons-nous être plutôt
1 ExisUmasli, inique^ quôd ero tuî similis. Arguani te, et statuam te contra faciem tuam. Ps. xlix, 21.
- Intelligite haec, qui obliviscimiui Deum, ne quando rapiat, et non sit qui eripiat, Ihid., 22.
de ce qui ne regarde que la vie présente ' ! » Cette suite d'interrogations demande successivement trois différentes inflexions, savoir : celle d'un homme de poids et d'autorité, qui reprend vivement, qui est frappé d'étonnement, et qui presse avec instance ; mais pour ceci qui vient après : « Si donc vous avez des différends touchant les choses de cette vie, prenez plutôt pour juges dans ces matières les moindres personnes de l'Église, » il faut le prononcer avec encore plus de véhémence ; car cette expression : « Prenez plutôt pour juges les moindres personnes de l'Église, » cette expression, dis-je, renferme une espèce ou d'hyperbole ou d'ironie, qu'il corrige en ajoutant aussitôt après : « Ce que j'en dis est pour vous faire rougir. »
Ce saint apôtre poursuit encore la même réprimande : « Est-il donc possible qu'il ne se trouve point parmi vous un seul homme sage, qui puisse être juge entre ses frères -? » Cette interrogation doit être prononcée d'une voix qui marque de l'étonnement ; et en la commençant, on doit, ce semble, s'arrêter un peu, comme par admiration, à cette expression : « Est-il possible ! » parce que le silence même, tantôt plus long, tantôt plus court, qui survient ainsi dans la prononciation, a beaucoup d'emphase; et ce qu'il ajoute immédiatement après : « Mais au contraire on voit un frère plaider contre son frère, et encore devant des païens et des infidèles ; » cela, dis-je, demande une même vivacité de voix, aussi mêlée d'admiration; en sorte néanmoins que l'on exprime par un plus grand effort de voix cette circonstance : « et encore devant des païens et des infidèles, » afin de faire éclater davantage l'indignité de l'action, ou de la conduite qu'on reprend.
Il faut encore changer de ton, quand il poursuit ainsi le même sujet : « C'est déjà un défaut parmi vous, de ce que vous plaidez
' Audet aliquis vestrûm habens negotium adversùs alteruinj iidicari apud iniques, elnon apudsanctos? An nescitisquoniara sancti dehocmundojudicabunt?Et siin vobis judicabitur mundus, indigni estis qui de rainiuiis judicetis? Nescilis quoniam angelos judicabimus? quaiitô magis Scecularia? Saecularia igiturjudicia si babueritis, contemptibiles qui sunt iu Ecclesià, illos coustituite ad judicandum. Ad verecundlam vestram dico. I Cor., vi, 1-5.
*Sic non est inter vos sapiens quisquam, qui possil judicare inter fratrcs suos? Sed frater cum fratre judicio conleadit, et boc apud infidèles. Ibid., 5.