LIVRE VI, CHAPITRE X. o
ensemble. » Mais il presse bien plus vivement en ajoutant aussitôt : « Pourquoi ne souffrez-vous pas plutôt qu'on vous trompe ? » car cette double interrogation demande une prononciation plus animée et plus impétueuse. Il faut une nouvelle inflexion de voix dans ce qui suit : « Mais c'est vous-mêmes qui faites tort aux autres, qui les trompez, et qui traitez ainsi vos propres frères '. » Cette dernière partie : « et qui traitez ainsi vos frères, » demande un ton plus fort et plus élevé, de même que cette autre qui est rapportée ci-devant : « Et encore devant des païens et des infidèles; » car l'indignité de la chose en l'une et en l'autre se tire de différentes circonstances des personnes, et doit se faire voir dans la prononciation.
Une nouvelle variation dans la voix suit immédiatement, lorsqu'il ajoute : « Ne savez-vous pas que les injustes ne seront point héritiers du royaume de Dieu ? » Ce qu'il y joint en même temps, est encore un peu différent en ce qui regarde l'inflexion de la voix : « Ne vous y trompez pas : ni les fornicateurs, ni les idolâtres, ni les adultères, ni les voleurs, ni les avares, ni les ivrognes, ni les médisants, ni les ravisseurs du bien d'autrui ne seront héritiers du royaume de Dieu -. » On doit prononcer toutes ces parties courtes d'une manière plus véhémente et plus claire ; en sorte néanmoins qu'elles soient distinguées les unes des autres par des intervalles qui leur conviennent ; car l'affirmation que l'on dit avoir quelquefois plus de force que les preuves mêmes, dans le discours, demande dans celui qui parle, une impétueuse véhémence.
Mais parce que les discours où Ton fait parler difiérentes personnes, comme les dialogues, servent beaucoup à s'exercer utilement au talent de la prononciation , nous en présenterons aussi quelques exemples, entre autres celui de l'Évangile de saint Mat-
1 Jàm quidera omninô delictum est in vobis, quôd judicia babetis inter vos. Quarè non magU injuriam accipiiis? Quarè non magis fraudem patimini? Sed vos injuriam facitis, et fraudatis, et hoc fratribus. I Cor., vi, 7, 8.
2 An nescitis, quia iniqiii regnum Dei non possidebunt? Nolite errare : neque
fornicarii, neque idolis servientes, neque adulleri neque fures, neque avari,
neque ebriosi, neque maledici, neque rapaces, regnum Dei possidebunt. I Cor., Ti, 9, JO.
thieu, où des docteurs de la loi et des pharisiens font à Jésus-Christ des reproches contre ses disciples, en ces termes :( « Pourquoi vos disciples violent-ils la tradition des anciens ' ? » Ce reproche doit se prononcer d'un ton haut et fort sévère,/ pour mieux représenter le caractère de ces docteurs et de ces pharisiens, qui croyaient que ce fût un grand crime, que de manger sans s'être auparavant lavé les mains, contre la tradition des anciens. Mais combien doit-on prendre un ton plein de dignité dans cette réponse du Seigneur : M Pourquoi vous-mêmes violez-vous le commandement de Dieu, pour suivre votre tradition? car Dieu a fait ce commandement :
Honorez votre père et votre mère - » Tout ce discours de
Jésus-Christ demande la voix et l'action d'une personne qui en reprend d'autres avec une grande autorité. Mais il y a bien plus de véhémence dans ce que le Seigneur ajoute ensuite : « Hypocrites, c'est de vous qu'Isaïe a prophétisé quand il a dit : Ce peuple m'honore des lèvres, mais son cœur est bien éloigné de moi; et c'est en vain qu'ils m'honorent, puisqu'ils enseignent des maximes et des ordonnances humaines ^ ; » car c'est comme percer du poignard de la parole de Dieu les violateurs de sa loi. '• Il faut encore un tout autre ton de voix pour ce que les disciples du Seigneur lui disent ensuite : « Savez-vous bien que les pharisiens, ayant entendu ce que vous venez de dire, s'en sont scandalisés *? » car cela doit se prononcer d'une voix basse, comme ce qui se dit à l'oreille.! ÏVlais c'est un ton libres et dégagé, (comme d'un homme qid affirme une chose avec force,^qu'on doit prendre pour prononcer ensuite cette réponse du Sauveur à ses disciples : ; « Toute plante qui n'aura point été plantée par mon Père qui est dans le ciel, sera arrachée ^... » Il faut encore dire d'un ton
' Quarè discipuli tui transgrediuutur Iraditiouem seniorura? Matth., xv, 2.
2 Quarô et vos trausgrediiuini mandatum Dei propter Iradilionem vestram? Nam Deus dixit : Honora palrem et malrem. IbicL, o, 4.
2 Hypocritae, benè propbetavit de vobis Isaias, dicens : Populus hic labiis me honorât, cor aiitern eorum longé est à me; sine causa autem colunt me, docentcs doctrinas et mandata homiuum. Matth., xv, 7-9.
'• Scis, quia pharisaei audito verbo hoc, scandalizati sunt? Ibid,, 12.
^ Onmis plantatio, quam non plantavit Pater meus cœlestis, eradicabitur. Ibid., 1 3.