LIVRE VI, CHAPITRE X
« Le préfet étourdi de ces paroles : Jamais^ poursuivit-il, en se nommant lui-même, personne ne m'a tenu un pareil langage, ni avec une telle liberté. — C'est peut-être, répondit Basile, que vous n'avez jamais rencontré d'évêque. Il n'en est pas un qui n'en dit autant, s'il avait la même cause à défendre. Sur tout le reste, faciles, pleins de condescendance, humbles jusqu'à l'abaissement, par soumission pour notre loi qui le défend, on ne nous voit affecter aucune indépendance à l'égard des maîtres de la terre, pas même à l'égard du dernier des hommes. Mais du moment qu'ils'agit de Dieu et de ses intérêts, nous n'envisageons plus que lui seul, et nous méprisons tout le reste. Le feu, le glaive, les bêtes féroces, les ongles de fer, nous causent plus de plaisir que de terreur. Après cela, accablez-nous d'outrages, menacez, faites tout ce qu'il vous plaira, usez de votre puissance ; rapportez à l'empereur tout ce que je vous dis; vous n'y gagnerez rien, et vous n'obtiendrez pas de nous de souscrire à l'impiété, quand vous auriez encore de plus cruelles menaces à nous faire.
» Le préfet, voyant la fermeté inébranlable de Basile, le fit retirer et le congédia, non plus avec menaces, mais avec respect et quelque sorte de soumission. Peu après, il alla trouver l'empereur pour lui rendre compte de sa commission; et en l'abordant : Prince, lui dit-il, nous sommes vaincus. L'évêque de cette ville a trop de caractère pour céder à des menaces; il est trop ferme dans ses principes pour se laisser ébranler par nos raisonnements, ou séduire par des caresses; il faut s'adresser à quelque autre moins intrépide. L'empereur se sentit frappé d'admiration (la vertu a un ascendant secret qui force à l'admirer ceux même qui ne l'aiment pas); il défendit qu'on fît au saint évêque aucune violence. »
Ceux donc qui veulent acquérir le talent de la prononciation, pourront s'y exercer très-utilement en se servant pour cela de cet endroit de saint Grégoire de Nazianze, et d'autres semblables.